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 House of Wolves

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Date d'inscription : 01/02/2009
Nombre de messages : 374
Age : 23
Lieux d'influence : Ràva, Edälia et Nandoriath.
Activité : La chasse est un bon divertissement ...

Feuille de personnage
Race: Garou
Dons Élémentaires: Terre
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MessageSujet: House of Wolves   Dim 9 Juin - 4:56




  • Équipement et vêtements

    • Sac de cuir en bandoulière : fond renforcé en cuir tanné, hanses renforcées avec des éclats de fer.
    • Bourse de cuir tanné
    • Bracelet de cuir travaillé : héritage de son tuteur
    • Ceinture : en cuir de vache
    • Pantalons : en cuir et fourrure de lapin, en chanvre uni, en lin blanc, en lin teinté
    • Chemises et tuniques : en lin blanc, en chanvre
    • Bottes : cuir d'ours renforcé avec du cuir de vache, du bois et des éclats de fers
    • Veste sans-manches : en cuir et fourrure de lapin
    • Manteau : en fourrure d'ours avec col et capuche en fourrure de lapin, confectionnée par son tuteur
    • ...
  • Scolaire

    • Pochette à croquis
    • Set de parchemins
    • Fusain et bâtons de pigments de différentes couleurs
    • Encre et plume en fer
    • Manuels de cours de première années, toutes matières requérant un manuel
    • Manuels de cours de deuxième année, toutes matières requérant un manuel
    • Tenue souple de combat : couleur vert forêt, matériau inconnu de Chris
    • Gants de protection : en cuir de vache
    • Blouse d'Alchimie : en coton
    • Lunettes de protection
    • ...
  • Outils et armes

    • Dague elfique : 20 cm de long, en fer forgé, ornée de runes elfiques et du symbole runique de la Lune
    • Fronde en cuir, avec une petite bourse contenant des petits projectiles divers (billes de verre, galets, cailloux …)
  • Artefacts et objets magiques

    • Bague de Gardien : en argent, ornée d'une hessonite ambrée
    • Statuette protectrice (artefact majeur) : Un elfe gardien, muni d'une lance et d'un bouclier, sculpté dans une glaise verte. Sa posture martiale est emprunte d'un désir de protéger. De deux pieds de hauteur, cette statuette regorge d'énergie magique, et il n'y a qu'un seul moyen de la libérer : la briser. Un simple coup suffit à casser cet objet d'apparence pourtant solide. Un vaste bouclier vert translucide se forme en dôme autour de la statuette, expulsant l'opposant. Il dure six minutes, et si l'on ne peut y rentrer on peut en sortir. La protection est efficace et relativement difficile à percer, comme l'ont attesté des guerres contre les démons. Christyän l'a gagnée en participant à la Chasse du Festival de réconciliation en 406.



Dernière édition par Christyän Maät le Jeu 2 Juil - 1:29, édité 49 fois
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MessageSujet: Re: House of Wolves   Ven 5 Juil - 7:18




MAÄT Raän Loup-garou libre || Disparu Décédé
Frère jumeau cadet / unique Bêta / raison de vivre
Raän est son double canin, sa moitié humaine, son ancre psychologique. Tout comme lui, c'est un loup-garou noir, presqu'en tous points à son image. Abandonnés lorsqu'ils étaient louveteaux, ils se sont entraidés et soutenus, et sont parvenus à survivre en alternant entre leur forme humaine et leur forme animale. L'enlèvement de Raän par des créatures inconnues a été une véritable tragédie pour Chris, qui s'est mit en tête de le retrouver vivant coûte que coûte.
Pourtant, en sortant de l'Abysse, la plus grosse épreuve de Christyän a été de se rendre compte qu'après cent ans, son frère était irrémédiablement mort.
Tarkh Humain, Ermite || Décédé
Tuteur / Professeur / Père
Tarkh était un vieil ermite vivant au cœur de la Forêt Asträel. Aux alentours des six ans des deux loup-garous, le vieil homme les a recueillis et a décidé de les élever comme ses propres enfants. Il est celui qui a permis à Christyän d'aimer de nouveaux les humains, de s'accepter en tant qu'hybride. Peu à peu, il est réellement devenu un père pour les deux garçons, et les huit années passées en sa compagnie ont été pleines de bonheur.
Mort de vieillesse à l'aube des quatorze ans des jumeaux, il leur a laissé toutes ses possessions et tout son savoir.



DOWELL Francis Tigre-Garou, Élève de la Terre, première année
Ami proche / Homologue garou / Miroir du passé
Francis est comme un double de Chris, mais en tigre. Ils ont tous deux vécu la douloureuse expérience de l’abandon, la déchirure d’être né garou dans un royaume humain, ont vécu dans la nature sauvage jusqu’à un âge avancé, et sont arrivés à l’Académie dans un élan désespéré. Mais au fil des mois, leurs simples conversations se sont vite transformées en amitié profonde, n’hésitant pas à se mettre en danger pour se protéger l’un l’autre. Si Francis ne sait presque rien des missions sacrées de Chris, ce dernier ne se prive cependant pas pour se confier à Francis en cas de besoin.
MORG Ayla Vampire, Élève de l'Esprit
Amie proche / Partenaire de mission sacrée / Arme infortunée de la Lune
Si les instincts garous de Chris, effrayés par la nature vampirique d’Ayla, l’ont tenu à l’écart de la jeune femme dès leur rencontre, les événements ayant saisit Rëvalïa les ont bien vite rapprochés. Christyän a appris à connaître la princesse vampire, a découvert ses faiblesses et ses défauts, et a pourtant décidé de rester à ses côtés et de la soutenir au moment qui sera probablement le plus important de leur vie. Depuis, un lien très fort de respect mutuel et d’amitié s’est créé entre eux, et Chris espère de tout cœur qu’il perdure. Ils ont par ailleurs été placés en binôme par le Conseil des Sages, et mènent en commun des missions pour la Lune.
SOMA Myrrh Vache-garoue, Ancienne élève de l'Esprit || Élève de l'Esprit, deuxième année
Amie proche / Homologue garoue / Confidente
Description du lien
KYOYAMA Jacken Migale-garou, Ancien élève du Feu || Élève du Feu, deuxième année
Ami / Homologue garou / Rescapé de l'Abysse
Description du lien



ORACLE Milo Humain, Ancien Directeur de l'Académie || Décédé
Co-directeur / Puissant mage / Combattant hors-pair
Son acceptation à l'Académie a été pour Christyän une ide véritable. Convaincu de pouvoir y trouver plus d'informations sur les créatures l'ayant attaqué, il y a découvert une véritable petite ville. Mais plus encore, c'est grâce aux paroles du Directeur Milo qu'il a pu apaiser sa haine et apprendre à apprécier l'Académie comme une nouvelle « maison ». Lors de l'attaque de l'Académie, du haut de la Tour de la Terre, Chris a assisté brièvement au combat entre Milo, Poesy, la seconde directrice, et le mystérieux mage aux pouvoirs si grands.
La dernière image qu'il ait de son directeur est celle d'un homme luttant pour sauver son rêve. Et pour cela, il garde le respect éternel de Chris.
Myrddin Humain, Directeur de l'Académie
Directeur / Libérateur / Bourreau
La considération de Chris pour ce vieil homme est terriblement mitigée. L'éducation respectueuse que son tuteur lui a transmise le pousse à vouer au directeur de l'Académie qui le loge et le nourri tout le respect et la reconnaissance qu'il mérite. Grand mage dont la puissance n'a pas besoin d'être exprimée pour être ressentie, sa première rencontre avec Myrddin remonte au début de l'été 406, lorsqu'il les a tous sortis de l'Abysse, lorsqu'il les a libérés de l'enfer dans lequel ils étaient depuis dix minutes … Pour leur annoncer qu'ils s'y trouvaient depuis près d'un siècle, que toute leur famille était décédée, que peu des anciens élèves avaient survécu, que le royaume avait terriblement changé, et qu'ils ne pourraient jamais retrouver leur vie d'avant. Comment ne pas haïr, au fond de soi, quelqu'un qui vous annonce une telle nouvelle ?
D'ELENOR Lucien Rossignol-garou, Élève de l'Ombre
Camarade / Homologue garou / Noblaillon pédant
Chris et Lucien sont totalement opposés, et leur relation en est indéniablement affectée. Si Chris a grandi dans un milieu sauvage où il a dû s’élever seul, Lucien est de la noblesse edälienne et en a reçu l’éducation (et la prestance). Si Chris a appris à favoriser sa part animale, et plus tard à l’harmoniser avec sa part humaine, Lucien au contraire a appris à la refouler et à la considérer comme rebutante. De même, Chris est proche de la nature et de la vie, là où Lucien, appartenant à l’Ombre, possède un côté sombre qui ne peut que repousser le loup-garou. Pourtant, malgré ces immenses différences, ils comme point commun et amie chère Ayla, la princesse vampire, et c’est elle qui les rassemble et fait qu’ils se supportent l’espace de quelques heures.



« Les Ombres » Race inconnue, Grade inconnu || Situation inconnue
Attaquants / Objets de recherche / Assassins
Sortis de nulle part, cette horde de démons est passée non loin de leur tanière et les a attaqués en pleine nuit, son frère et lui. Blessé gravement, l'aîné a perdu connaissance et, lorsqu'il a reprit conscience, il ne restait autour de lui aucun signe de Raän. Ainsi, Christyän recherche ces créatures depuis cette nuit-là, malgré l'absence totale d'indices sur leur véritable nature, dans l'espoir que son jeune frère soit toujours en vie, quelque part …
Cependant, le siècle passé dans l'Abysse a réduit tous ses espoirs de les retrouver à néant.
Nom Inconnu – Créature étrange Race inconnue, Rôle inconnu
Assaillant de Francis / Suspect / Créature de l'Abysse ?
Christyän n'a aucune idée de l'identité de cette étrange créature qu'il a trouvée aux côtés d'un Francis gravement blessé. Tout ce qu'il sait, c'est que cette chose parle, qu'elle a passé un marché avec son ami afin de pénétrer dans l'Académie, et qu'elle n'est volatilisée sous ses yeux. Oh, et aussi qu'elle dégageait une odeur oppressante, la même que celle qui entourait Chris, lorsqu'il était emprisonné dans l'Abysse.
Il espèce réellement retrouver cette créature, et surtout protéger Edälia des dégats qu'une créature de l'Abysse pourrait faire …



NOBODY Lucillda Elfe, Ancienne élève de la Terre || Ancienne professeure d'Élément Terre
Professeure / Camarade d'Élément / Première amie proche
La relation de Chris avec Lucillda a toujours été privilégiée. Avant la Chute de la première Académie déjà, leur amitié était née de cette proximité de la nature qu'ils possédaient tous deux, Chris étant un loup et Lucillda étant une elfe d'Astraël. Lorsque le loup-garou rencontra le Gardien de la jeune femme, Miolnir, leur amitié ne fit que se renforcer. Séparés par un siècle de changement, leurs retrouvailles furent à la fois difficiles pour chacun d'eux – lui la pensant morte ou changée, elle ayant réussit à faire le deuil de sa disparition et se trouvant face à lui de nouveau – et terriblement rassurantes : leur amitié, malgré le siècle passé, restait intacte. Après quelque temps, Lucillda quitta le poste de professeur de la Terre pour retourner à Lunälis, mais ils gardent encore une correspondance régulière.
SCARLET Light Humain, Ancien élève de l'Air || Décédé
Premier ami / Confident / Libérateur
En arrivant à l'Académie, Christyän appréhendait la vie en société civilisée. Sa toute première rencontre a été lors du Banquet d'Ouverture, avec le jeune Light, auprès duquel il s'est immédiatement sentit à l'aise. Au cours de l'année, ils sont devenus des amis proches, et malgré leurs conversations de plus en plus éparses lors de leur deuxième année, Chris garde un très bon souvenir du jeune homme, comme celui qui lui aura permis de s'intégrer au mode des Hommes.
Dans l'Abysse, Christyän a vu Light mourir, mais il ne sait s'il s'agissait d'un mirage, ou même si le jeune homme était lui aussi présent dans l'Abysse …
NOM Prénom Race, Grade/Métier
Lien particulier : officiel / factuel / moral
Description du lien


Dernière édition par Christyän Maät le Jeu 2 Juil - 1:54, édité 18 fois
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MessageSujet: Re: House of Wolves   Ven 5 Juil - 7:18



  1. Origin of Symmetry

  2. Of Wolf and Man

  3. The World Is Black

  4. Half the Man I Used to Be

  5. Great Day for Freedom

  6. One Last Run

  7. Under Cover of the Night

  8. Welcome to Hell
  1. Can't live Without You

  2. Fly Away From Here

  3. The Last Remaining Light

  4. Road to Recovery

  5. And All Things Will End

  6. Journey on the Waves of Time

  7. Hollow Years

  8. Crédits

« Fermez les yeux, imaginez. Imaginez un autre monde, un univers différent. Imaginez une terre baignée dans la magie et le fantastique … Ouvrez les yeux ; devant vous s'étend le monde de Rëvalïa. »



À l'Ouest s'étend l'Océan Azuré, première frontière du Royaume d'Edälia, merveille créée des Dieux, couleurs turquoise et bleu magnifié … Les habitants de ces lieux sont nombreux et variés. Les Sirènes et Tritons, principaux humanoïdes vivants là, séjournent pour la plupart à Crystallia, capitale sous-marine de la région, au bord de la Fosse Sans-fond.
Des milliers de coraux différents composent la flore sous-marine et les poissons et mammifères marins les accompagnent, peuplant l'océan merveilleux.

Merveilleux mais pas inoffensif …

Les pirates, seuls humains encore assez fous pour défier l'Océan par leur présence, écument les surfaces à la recherche de pêcheurs égarés, de navires en croisière ou, qui sait, de trésors cachés.
Dans les eaux du Sud, les Rochers de la Nuit hébergent les Sirènes en quête de solitude, les êtres au cœur brisé qui, par vengeance, attirent les navires sur les lames de fond, les liant pour toujours aux failles infinies de l'Océan …
Un peu plus à l'Ouest, une île à la terre brûlée est le siège d'un immense Volcan qui ne se réveille que lorsque le Royaume dépérit.
Enfin, au Nord, non loin des terres gelées, l'Île Perdue attend les navigateurs audacieux, entre les courants mortels et la banquise assassine.



Au Nord du continent, les terres gelées font office de seconde frontière. Traversées par la grande Chaîne d'Ayalamith où les monts sont en perpétuelle compétition de hauteur, elles cachent le village des Brumiens, habitants des contrées glacées : Brume Éternelle.
Constamment balayée par les vents glacials et la neige continue, la région est une des plus hostiles du Royaume.
Au bord de la frontière ouest se dresse la Prison, perdue dans les roches, immense bâtiment d'où l'évasion est des plus difficiles …



Complètement au Sud, aux bords de l'Océan et face aux Rochers de la Nuit, la Savane, où une des seules habitations connues est le Ranch Equis, célèbre pour son élevage de Pégases, ainsi que le Désert des Morts forment la frontière Sud du Royaume.

Le Désert des Mort est la région la plus hostile du continent, bien avant les terres gelées. Immense désert partant du plein sud jusqu'au sud-est des terres, on y trouve des dizaines de cimetières abandonnés comme le Cimetière des Affamés.
Des squelettes à ne plus pouvoir les compter, parfois ensevelis sous le sable corrosif des Collines des Oubliés, parfois apparents, se cachent comme s'ils voulaient effrayer les voyageurs imprudents. Le jour, il y fait une chaleur insupportable. La nuit, c'est pire ; le froid gèle le sang jusque dans les veines.

La seule cité survivant dans cet enfer est le Gouffre de Haine, repère des pires bandits et créatures de la nuit, immense caverne souterraine enfermant cimetières, grottes, caveaux maudis et châteaux hantés. Les vampires et les démons se réfugient là, chassés des autres régions.
Le désert est ceinturé par la Plaine Rouge, lieu presque aussi aride où peu de plantes survivent, jusqu'aux Grandes Plaines où elles reprennent vie.



Tout à fait au Nord-est s'étend la dernière frontière du pays, la Forêt Astraël. Elle est totalement entourée. Sa progression s'arrête au nord-ouest par les montagnes se fondant jusqu'à la plaine, à l'ouest par l'immense lac formé par l'Ilaïde et au sud par les Marécages Abandonnés. L'Est correspond à sa frontière avec les royaumes voisins.

La Grande Forêt, nommée ainsi par ses habitants, est la mère et le foyer des majestueux Elfes. A peu près au centre, Lunälis, la cité cachée des Elfes prend racine au milieu des arbres. Nul humain n'y est encore entré … Du moins, si un pu s'en approcher, il eu trop de respect, d'égoïsme ou de peur pour conter ses visions et enchanter les autres. La Cité des Elfes est réservée aux Elfes, chacun le sait, et les Elfes savent le faire respecter.

Un peu au nord de la cité, non loin de l'orée de la forêt, un Campement attend les hommes assez fous pour demander la protection des arbres. À l'image des pirates sur les flots de l'Océan Azuré, les bandits guettent la terre des Grandes Plaines, se cachant dans la Grande Forêt pour partager leurs butins …
Les roches des montagnes se poursuivent un peu dans l'immensité verte, formant quelques grottes et hautes cavernes où d'innombrables animaux trouvent refuge.

Au fin fond de cette forêt est confinée une seconde forêt, plus noire, plus sombre, où les créatures les plus dangereuses et les plus isolées se sont rassemblées, où nul être humain n'ose s'aventurer … La Forêt Profonde, traversée par les hautes Falaises des Tourments.



La Chaîne d'Ayalamith continue vers l'est jusqu'au nord de la Grande Plaine, là où la neige et le froid ne sont que des souvenirs, et relie le Royaume en rejoignant les étendues de la Forêt Astraël.
Les Grandes Plaines sont le composant principal du continent et pourraient se diviser en trois régions principales. Elles forment tout l'intérieur du Royaume et abritent la majeure partie de la population. De nombreux villages sont dispersés dans les plaines, d'innombrables chemins de terre serpentent afin de les relier les uns aux autres.
Dans la partie nord, le petit Bois Sacré, lieu de paix et de calme, trône au pied des montagnes, entouré de quelques villages isolés. Cette partie des Plaines borde ainsi les plages du nord de l'Océan Azuré, la banquise et les terres gelées.
La partie ouest est la plus peuplée, car elle est le siège de la capitale et seule grand ville du Royaume : Edälis. Celle-ci peut être considérée comme la mère de tous les villages, car les plus gros échanges commerciaux passent par elle.

On trouve dans la partie sud les deux autres principales activités du continent.

La Contrée Aérienne, prodigieuse portion de terre de près de vingt-cinq kilomètres de long s'élève à quelques centaines de mètres du sol, portée par la magie, reliée au continent par une fabuleuse cascade. On peut y apercevoir l'Océan à l'ouest, car elle n'est pas loin des grandes plages sur sud. La contrée renferme sa propre montagne, le Mont des Tempêtes, et le petit Village Aérien voit chaque année des milliers d'Edäliens le traverser pour venir s'emplir de la magie qui borde les lieux.
Le Village de l'Amour est quant à lui situé à la frontière de la Savane.
Les Trois Plaines se rejoignent autour de l'immense lac formé par l'Ilaïde, le fleuve principal du Royaume qui rejoint à son tour l'Océan Azuré, permettant à quelques sirènes aventureuses de remonter son cours pour aller saluer les habitants des terres, jusqu'à la frontière de la forêt.
Ce lac est le lien entre tous les habitants, car en son centre s'expose une grande île, sur laquelle s'élève le fondement, la fierté du Royaume : l'Académie de magie d'Edälia.
On y apprend tout ce qui compose le continent, mais aussi à maîtriser les éléments majeurs selon des maisons établies : l'Eau, le Feu, la Terre, l'Air, l'Esprit ou bien l'Ombre.



Le continent abrite d'innombrables espèces d'animaux différentes, mais aussi des créatures intelligentes telles que les Elfes, les vampires, les démons … L'espèce la plus nombreuse reste par ailleurs l'être humain.
Qu'ils soient paysans, fonctionnaires à la Capitale, magiciens, sorciers, pirates, bandits, Brumiens ou encore garous, chacun ayant ses particularités, ils restent tous classés dans la même catégorie.
Mais parmi tous, les garous restent les plus curieux.
Le terme « garou » n'a rien à voir avec les vielles légendes Terrestres que vous connaissez. A Edälia, un garou est un être humain avec la faculté de se transformer en un animal à volonté. Chaque garou est unique, il n'en existe qu'un du genre par génération. Du moins, les doubles sont de la plus grande rareté.
Mais comme dans toutes sociétés, et ce malgré l'immense ouverture d'esprit sur le continent, il reste dans les campagnes éloignées de vieux mythes discriminant et haïssant telle ou telle espèce … Et les garous n'y ont pas échappé.



Notre histoire débute dans un petit village reculé, aux frontières de la Forêt Astraël, en 289 après l'Éveil …
D'abord des gémissements. Courts, rapprochés … On souffre, on s'efforce, on s'épuise. La respiration se fait plus rapide, au fur et à mesure que les secondes passent, qu'on attend, qu'on souffre avec courage et patience. Puis enfin, la récompense. Des pleurs retentissent, des pleurs d'enfant … Son enfant ! La jeune femme sourit. Elle regarde son mari prendre avec émotion le petit être dans ses bras et sectionner le dernier lien qu'elle avait avec lui. Il semble émerveillé, fasciné par la petite vie qui le regarde, du haut de ses quelques secondes … Mais la jeune femme ne peut pas attendre, et elle le lui rappelle avec un cri de douleur. Alors l'homme dépose délicatement l'enfant sur la petite couche d'à côté, et se retourne vers la nouvelle mère, lui parlant, la rassurant. Et au bout de quelques minutes à peine, le deuxième est là, en tout point identique au premier, pleurant d'être arraché de l'antre si confortable de sa génitrice.



Lavés, nourris, bercés, les deux nouveaux-nés dorment l'un à côté de l'autre, sur la même couche, sous l'œil bienveillant et aimant de leurs parents … Ceux-ci se sourient.

« Tu l'as fais, tu as réussis », souffle l'homme au comble du bonheur.

« Il leur faut des noms, maintenant, » répond la jeune femme qui se remet de l'accouchement, allongée auprès de ses enfants.

Sitôt qu'elle finit sa phrase, le nouveau père prend délicatement le premier né dans ses bras. Il est bien plus lourd que son frère, son jumeau, mais à part cela, rien ne permet de les différencier.

« Christyän », dit simplement l'homme. Et, posant son regard sur le plus jeune, il ajoute : « Et Raän. »

Son air d'extase arrache un rire fatigué à sa femme qui, le sourire aux lèvres, répète avec fierté et bonheur.

« Christyän et Raän Maät … Oui, ce sont de beaux noms. »

Il repose l'enfant sur la couche, et ce dernier se colle contre son frère, attrapant inconsciemment la petite main identique à la sienne. Les parents s'embrassent, et la jeune femme s'endort, épuisée de ses efforts.




Deux mois. Ils n'ont tenu que deux mois. Aucun des deux ne peut plus supporter ces vies qu'on leur a donné, ces deux présents du ciel … Ou de l'enfer. La mère hurle, plongée dans un état hystérique, et le père est désemparé.

« Pourquoi ça nous est arrivé à nous, hein ?! » crie la jeune femme. « Comment ais-je pu mettre ''ça'' au monde ?! » ajoute-t-elle en pointant un doigt tremblant vers la couche des deux enfants …

Mais ce ne sont pas des enfants qui, les yeux grands ouverts, fixent leurs parents avec crainte et incompréhension. Sur les draps blancs, deux animaux, deux petites boules de poils noirs tiennent difficilement sur leurs quatre pattes. Celles de l'un tremblotent alors que celles du deuxième se stabilisent doucement. Les deux adultes se regardent, excédés de tant de tension, de tant d'efforts psychologiques. L'homme vient prendre sa femme dans ses bras.

« Tu n'es pas responsable », lui souffle-t-il. « Ce sont eux les monstres, tu n'as pas à t'en faire. Ce sont eux qui nous apportent la malchance. Ces ''loups'' ! »

« … Nous devons nous en débarrasser », lâche alors la jeune femme après un silence.

L'autre hésite, plonge son regard dans les yeux de sa moitié, voulant être sûr qu'elle soit certaine de ce qu'elle vient de dire. Et elle en est persuadée. Alors il acquiesce et se retourne vers les deux bêtes dont l'attention est entièrement portée sur leur père. Il approche sa main de l'un d'eux – il ne sait même plus lequel est l'aîné, tant ils sont semblables désormais – et aussitôt les louveteaux laissent la place à deux paires d'yeux d'un vert si clair qu'à la lumière du jour, ils en paraîtraient jaune. Deux têtes aux rares cheveux noirs sourient à leur père d'un mouvement parfaitement synchronisé. Ils n'ont que deux mois, mais ils en paraissent tellement plus !
Et, sans réfléchir, il prend les deux enfants dans ses bras.

« Je ne me sens pas de tuer un loup dans ma maison … Nous les laisserons à l'orée de la grande forêt du Nord-Est. Ils ne survivront pas longtemps là-bas. »




L'homme se faufile dehors. Il fait nuit, personne ne pourra le voir. Il contourne la terrasse de sable, fait le tour de son habitation et arrive aux écuries du village. Aussi silencieusement qu'il le peut avec deux enfants endormit dans les bras, il détache la bride d'un des chevaux et l'enfourche, le talonnant sans attendre. L'animal fonce alors, et l'amène jusqu'à la Grande Forêt, jusqu'à l'entrée de le demeure des Elfes. Il descend de cheval, mais n'ose pas entrer. Qui sait ce que cette noirceur pourrait lui faire ? Qui sait ce qui se cache, à quelques mètres, tapis à l'ombre des arbres … Alors il dépose son fardeau entre deux racines et s'en retourne au galop, sans un regard pour sa propre chair, ceux qui ont été ses fils … Pour ceux qu'il vient de condamner à mort. Alors que le bruit des sabots s'éloigne dans la nuit, une petite tête noire émerge de sous le tissu dans lequel les bébés ont été enroulés. L'aîné regarde son père partir, ses billes d'émeraude aux pépites d'or luisant à la lueur du quart de lune …


Dernière édition par Christyän Maät le Jeu 2 Juil - 1:18, édité 19 fois
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MessageSujet: Re: House of Wolves   Ven 5 Juil - 7:20


Enroulé dans un drap blanc, il sortit doucement sa petite tête et regarda aux alentours. Étrange, sa mère n'était pas là. Il glapit et replongea sous le drap, réveillant son frère à coup de museau. L'autre émergea du sommeil, ouvrant des yeux identiques à ceux du premier. Il l'imita, regardant autour d'eux, puis revint à son frère en constatant qu'ils étaient seuls. Un couinement retentit, mais seul un écho répondit à l'appel. Le plus jeune baisse les oreilles, attristé, la peur commençant à le gagner. Où avait bien pu aller leur mère ? L'autre le rassura d'un léger coup de museau. Après tout, elle devait être en train de faire à manger … Mais la vue des innombrables arbres effaça cette idée de la tête de Christyän. Non, ils n'étaient pas à la maison. Leur mère n'était pas là, leur père non plus … Avec confiance et chaleur, l'aîné sourit à son frère et, sortant de sous le drap fin, avança de quelques pas en chancelant, avant de stabiliser son pas. Il se retourna, sa petite queue balançant derrière lui. Il lui fit comprendre de l'attendre à cet endroit, lui indiquant qu'il allait chercher leur mère. L'autre acquiesça de sa tête noire et ferma les yeux, les oreilles toujours baissées d'inquiétude. Alors l'autre s'élança, ses pattes s'habituant au contact de la terre, trébuchant de nombreuses fois sur les racines qui sortaient et entraient dans le sol sans ordre ni cohérence.



Il chercha une bonne dizaine de minutes, quoique de son esprit de louveteau, cela sembla être des heures. Il couina, ses cordes vocales n'étant pas encore assez développées pour pousser un hurlement. Il vacilla. A deux mois, il se sentait si faible, alors qu'il aurait dû regorger d'énergie. Où était donc passée sa mère ? Allait-elle les laisser mourir, tous les deux ? Cette pensée le frappa, et il se retourna dans la direction de son jumeau. Raän était plus faible que lui, s'il ne mangeait pas, il risquait d'y passer ! Que faisait-elle ?! La situation devenait urgente. De ses cinquante centimètres, il inspira et se tapit entre les racines. Il n'avait pas apprit à chasser, mais les gestes venaient d'eux-mêmes, instinctivement. Il ferma les yeux, se concentrant sur son odorat, et leva brusquement les oreilles. Il y avait quelque chose là, à quelques mètres derrière l'arbre, il en était sûr ! Il le contourna doucement, prenant garde à ne pas se faire voir de sa proie, et fixa son regard vert-jaune sur un petit lapin au pelage chocolat.

Et tout à coup, il se jeta sur l'animal … Ses crocs se refermèrent sur du vide, et il vit avec frustration le lapin détaller loin de lui, effrayé mais indemne. Il soupira, et se tourna vers un arbuste. De petites baies rougeâtres pendaient au bout des petites branches. Sa faim s'intensifiant, Christyän se tenta à en croquer une … avant d'ouvrir grand la gueule et d'en engloutir plusieurs d'un coup. Prenant le bout d'une large feuille dans sa gueule, il tenta du mieux qu'il put, en secouant l'arbuste, de faire tomber quelques baies restantes. Il put en détacher une vingtaine, et il s'affaira ensuite à trainer la feuille sur le sol, la ramenant auprès de son jeune frère.

Celui-ci s'était emmitouflé dans le draps désormais d'un marron pâle ; la poussière et la terre s'étaient accumulées dessus. Il releva la tête lorsque l'odeur de son jumeau approcha, et laissa échapper un couinement de contentement en le voyant apparaître. Il se jeta sur les baies en les voyant, son ventre hurlant sa faim, sous le regard à la fois bienveillant et inquiet de Christyän. Comment allaient-ils faire ? Ils leur fallait de la viande, du lait, et la protection de leur mère … Mais elle n'était toujours pas là. Le regard de l'aîné se tourna au loin, vers la forêt profonde, là où les grands animaux se rassemblaient. Mais à son âge, mais il ne serait en mesure de tuer un autre animal ; ses crocs n'étaient même pas assez longs ni solides pour casser une branche, alors pour broyer le coup d'un être vivant, il avait encore beaucoup de chemin à faire ! Il lui faudrait trouver assez à manger afin de les remettre tous les deux sur pieds. Ils devraient se contenter de plantes et avec un peu de chance, ils pourraient tomber sur un animal déjà mort. Après cela, il leur faudrait s'enfoncer dans la forêt, et apprendre à vivre. Christyän chasserait pour son frère, pendant que lui resterait en sécurité.

Un gazouillement attira son attention, et il baissa ses yeux verts sur l'être rosé qui l'observait. Raän avait reprit sa forme humaine. Sous cette forme, ils étaient tous deux plus vulnérables, plus faibles, et ils ne pouvaient rien faire. Du moins, à cet âge là, ils étaient incapables de survivre dans la forêt sous leur forme humaine. Au sol, Raän n'était même pas capable de se tenir sur ses deux jambes, alors que sous sa forme de loup, son jumeau était en mesure de se déplacer, voire même de courir, avec un peu d'entraînement. Oui, il leur faudrait aussi apprendre à fortifier leur forme humaine. Christyän ferma une seconde les yeux. Ils s'étaient développés ensembles, dans le ventre de leur mère, ils étaient nés ensembles, ils avaient jusqu'à présent grandis ensembles … Ils ne pourraient rien faire l'un sans l'autre. Christyän savait, du haut de ses deux mois, qu'il était bien plus résistant que son frère, mais il savait aussi que sans lui, jamais il ne pourrait supporter une vie dans cet endroit seulement éclairé par de rares rayons arrivant à transpercer le feuillage des arbres immenses. Il se pencha alors vers sa moitié, et d'un léger coup de museau, il lui demanda de le suivre. Le bébé se changea alors en louveteau, et se redressa en tremblotant sur ses quatre pattes. Il était faible, mais volontaire, et son frère était là pour le supporter.

Le plus important dans l'immédiat, c'était de trouver un endroit sûr afin de se reposer. Il leur fallait une tanière, et ils allaient devoir la creuser eux-même …




Le jeune loup se laissa tomber entre deux racines. Il ne pouvait plus continuer, c'était trop dur, il avait si faim, il était si fatigué … ! Les oreilles baissées, les yeux levés en supplication vers son frère, il couina. Ils marchaient depuis ce qui lui avait semblé des heures ! Quand leur mère les rejoindrait-elle ? Quand pourrait-il enfin manger ? Il soupira. Christyän le réconforta d'un coup de museau, et se mit à gratter dans une souche d'arbre de ses petites pattes. Comment arrivait-il à faire ça, alors que pour Raän, le simple fait de marcher avait été un véritable effort ?! Son frère était décidément bien plus fort que lui. Il retint un sourire. Oui, il était plus fort, et il était là, avec lui, alors qu'il aurait pu l'abandonner, comme leur mère … Sa pensée le choqua lui-même. Les avait-elle réellement abandonnés ?! L'autre releva la tête, couverte de copeaux de bois, et lui lança un léger grognement. Non, ils n'allaient pas mourir. Tout irait bien. Il était là pour son frère, il l'aiderait, il le nourrirait, il l'élèverait comme il le pourrait. Il prendrait soin de lui contre sa propre vie, même s'il devait en payer ce prix-là.

Se retournant vers la souche à moitié creusée, l'aîné se dit que cela suffisait. D'un léger coup de museau, il invita son frère à se blottir dans la souche, à l'abri des éventuels attaquants. Le lendemain, ils trouveraient un meilleur endroit pour leur tanière, un endroit où ils pourraient rester quelques mois, le temps de s'habituer à cette nouvelle vie, le temps de devenir plus fort et plus à l'aise avec l'environnement de la forêt. Rejoignant Raän, Christyän se logea contre lui, le nez dans sa fourrure de jeune louveteau. D'ici quelques mois, ils seraient tous deux en mesure de se débrouiller seuls. Même sans leur mère, ils pouvaient survivre, car ils étaient ensemble …




L'aube était là. Elle semblait les regarder de loin, timide observatrice, restant à la limite de l'horizon, se cachant à moitié pour ne pas les réveiller … Lentement elle se redressa, illuminant les deux formes noires qui ne semblaient en former qu'une, roulées en boule l'une contre l'autre dans le tronc d'un arbre mort. Elle les regarda avec tendresse, déversant presque timidement sa chaleur, faisant renaître l'environnement qui les entourait. Doucement, les oiseaux s'éveillaient, chantaient. Les arbres semblaient sortir d'un long sommeil, et le bruit d'une brise dans leurs feuilles s'accordait avec la douce musique des habitant ailés. Alors, au milieu de ce calme et paisible tableau, l'une des deux formes bougea, émergeant, revivant. D'abord, une paire d'oreilles noires se dressa sur sa petite tête, qu'il releva ensuite, dévoilant deux yeux d'un vert doré, deux yeux émerveillés bien qu'encore embrumés par le sommeil. Il baissa son regard vers son frère, et un sourire éclaira son visage. Celui-ci s'était pelotonner contre lui, fourrant son museau dans le cou de son jumeau en quête de chaleur. Raän regarda ensuite autour de lui, observant les oiseaux voler, tout en haut des arbres, sentant la douce odeur du bois, des feuilles et de l'air qu'il n'avait pas trouvé dans la petite maison où il était né.

N'osant pas bouger pour ne pas réveiller Christyän, il se contenta de suivre la vie de la forêt des yeux. Il avait faim, il avait terriblement faim, mais pour rien au monde en cet instant il n'échangerait de place. Son frère était là, près de lui, lui donnant sa chaleur et son amour. Il resta donc une petite heure à regarder son aîné et sa nouvelle maison, immobile. Et quand enfin son double ouvrit les yeux, il lui offrit un magnifique sourire. Christyän le lui rendit et lui donna un rapide coup de langue sur le bout du museau. D'abord surprit, Raän l'imita en riant. Ce n'était qu'un « Bonjour.» … Christyän se leva alors, et ils décidèrent d'un regard entendu qu'ils devenait vital de trouver de quoi manger. Ils allaient devoir marcher aussi, cette journée-ci.




L'aîné sourit en entendant le bruit d'un cours d'eau. Ils allaient pouvoir se rafraîchir et s'hydrater correctement, et ainsi, il pourrait plus facilement trouver de quoi nourrir son frère. Il fit comprendre d'un signe de tête à ce dernier qu'ils allaient pouvoir se reposer enfin. L'autre glapit joyeusement, et ils coururent jusqu'à la source, sautant dans l'eau avec euphorie. Ils étaient désormais si loin de l'orée de cette immense forêt, ils s'étaient enfoncés de quelques kilomètres qui paraissaient être des centaines aux yeux des deux enfants. Ils jouèrent une bonne heure, se chamaillant, s'éclaboussant … Lorsqu'ils commençaient à jouer, Christyän avait toujours le dessus, mais ni l'un ni l'autre n'en était surprit. Raän se couchait alors sur le dos, les pattes en l'air en signe d'abandon, laissant son frère affirmer et tester son autorité et son futur statut de chef de clan. Car même si personne n'avait été là pour le leur apprendre, ils s'en doutaient tous les deux ; si un jour ils formaient une meute, Christyän serait le chef, le loup dominant, le moteur et le frein des autres. Et son double ne le jalousait en aucun point.

Tout d'un coup, l'odeur de sang attira son attention. Christyän releva la tête de l'eau, se figeant, et son frère l'imita. Lui aussi pouvait la sentir, cette odeur acidulée, salée … La salive s'écoulant doucement de sa gueule, l'aîné se reprit. Ordonnant d'un regard à l'autre de ne pas bouger, il se dirigea d'un pas fluide et discret vers l'origine de l'odeur, et se figea, caché entre les plantes basses. Devant lui, une créature immense finissait d'arracher les tripes d'un gros gibier. L'être faisait au moins six fois sa taille et était revêtu d'une sombre fourrure, tâchée par endroits du sang de sa victime. De larges et longues griffes finissaient ses pattes, tout son corps semblait solide comme la roche … Des oreilles touffues mettaient, par leur petite taille, ses deux gros yeux noirs globuleux en évidence, alors qu'il montrait d'immenses crocs ensanglantés. Christyän était terrorisé. Jamais il n'avait rencontré de créatures de la forêt, mais la simple vue de ce monstre le clouait sur place. Ses jeunes pattes tremblotaient de peur, ses yeux verts étaient foncés par l'angoisse, écarquillés par le choque du spectacle atroce devant lui. Il resta ainsi quelques minutes, quand enfin l'animal se détacha de sa proie aux trois quarts déchiquetée. Il s'éloigna entre les arbres d'un pas lourd et disparut bientôt de la vue du jeune louveteau.

Le tremblement de ses membres ne cessa pourtant que quelques minutes encore après, et il respira profondément, évacuant la pression. D'un pas titubant, il s'approcha de l'être mort dont les entrailles coulaient à l'air libre, et se tenta à plonger la tête dans celles-ci. La chair était déjà déchiquetée par les dents du monstre, et il n'eut aucun mal à la mâchouiller et à l'avaler. Ses crocs encore mal formés n'étaient pas en mesure de s'attaquer à un autre endroit de la dépouille, et seules les entrailles, bien moins fermes et résistantes, cédaient sous ses coups de dents. Ce que la créature avait laissé était amplement suffisant pour eux deux, et à peine avait-il constaté que c'était mangea qu'il couru rejoindre son frère au cours d'eau, l'appelant près de la carcasse. Ils se nourrirent enfin de viande, et tous deux sentirent leurs forces revenir. Christyän se doutait que leur mère ne reviendrait pas, mais ce dont il était certain, c'est qu'ils allaient avoir besoin d'une grande quantité de viande dans les prochains mois, afin de compenser l'absence de lait maternel … Ici commençait leur nouvelle vie, dans l'immense forêt qui semblait les avoir accueilli, et qui, par le chant des oiseaux, semblait les encourager. Il leur allait désormais se débrouiller seuls, se fier à leur instinct de loups, écouter leur cœur et par dessus tout, rester ensemble …


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MessageSujet: Re: House of Wolves   Ven 5 Juil - 7:22

L'animal s'étira longuement, levant sa tête noire vers le soleil perçant au travers du feuillage. Un sourire s'étira sur son visage, et il se mit en chasse. Il avait bien grandi depuis sa première journée dans cet immense forêt. Il atteignait désormais les quatre-vingt centimètres de haut pour un mètre trente de long, et il s'était renforcé et pesait une soixantaine de kilogrammes. Ses cordes vocales qui ne poussaient à leur arrivée que de faibles gémissements était en mesure de hurler assez fort pour couvrir les cent trente kilomètres carrés que représentait leur territoire ; toutes ses dents avaient poussé, ses crocs acérés mesurant six à sept centimètres. Ses pattes, au début si faibles, étaient devenues musclées, fermes et résistantes. Son agilité n'avait fait qu'augmenter, sa vitesse, son odorat, tous ses sens s'étaient renforcés … Il était presque adulte, il ne lui restait que quelques mois à attendre pour atteindre la majorité sexuelle, et alors il serrait en pleine possession des moyens dont loup adulte peut disposer. Et à ce moment-là, il aurait toute confiance en lui-même, il pourraient protéger son frère de la meilleure des façons.

Cette pensée lui arracha un sourire, et il s'immobilisa, dissimulant sa présence derrière un arbre. Le gibier était là, à quelques dizaines de mètres seulement. Il guettait les alentours, sans un mouvement, prêt à s'enfuir au moindre bruit de trop … Il se baissa et se mit à avancer, prenant bien garde à ne pas marcher sur des morceaux et bois ou des feuilles mortes. Il s'agissait d'un magnifique cerf, les bois hauts et fiers, le cou épais et musclé, la croupe si cambrée qu'elle en mettait l'eau à la bouche du prédateur. Alors, prenant appui sur ses pattes arrières, il profita d'une micro-seconde d'inattention de la part de sa proie pour bondir au dessus de la racine devant lui et broyer d'un coup de dents bien placé le cou de l'animal. Celui-ci tomba au sol dans un bruit étouffé par les feuilles, n'ayant même pas eut le temps de se défendre. Avec un regard appréciateur, le loup d'un noir d'encre referma ses mâchoires sur le cerf et le traîna avec quelques difficultés tout le long de son chemin de retour. Son territoire était grand, et il s'était tant éloigné de leur lieu de résidence qu'il lui fallu une demi-heure pour y rapporter son repas. Sentant le sang poisseux lui envahir la gueule, il laissa tomber le cerf au sol, levant la tête vers l'arbre certainement multi-centenaire qui se dressait devant lui. Ils avaient décidé de vivre là, protégés au creux de la naissance d'une grosse branche, à l'abri des ennemis en hauteur, à l'abri de la pluie sous le feuillage, mais en même temps assez proche du soleil pour avoir le luxe de capter quelques rayons lorsque le sol était aussi sombre qu'une grotte … Oui, ils avaient trouvé l'endroit parfait.

Christyän couru vers le tronc de l'arbre, bondit et, dans son élan, abandonna sa forme animale. Une paire de bras s'accrocha à une branche, et d'un seul mouvement il posa ses pieds sur celle-ci et y prit appui, s'élançant de nouveau vers une branche plus haute jusqu'à arriver au creux où ils avaient élu domicile. Là, au milieu de vielles couvertures qu'ils avaient trouvé abandonnées, et d'un étalage de feuilles, dormait un jeune homme en tous points identique à celui devant lui, debout sur la branche. Christyän, se tenant par une main à une branche plus petite afin d'assurer son équilibre, avait une silhouette fine et élancée. Ses muscles étaient allongés, de telle sorte qu'on ne les remarque pas à l'œil nu, et les seuls témoins de ses intenses entraînements étaient les dommages qu'il infligeait à ses attaquants. Sa peau était très légèrement bronzée par les rares rayons passant au travers des feuillages. Une tignasse noire légèrement hâlée de vert lui tombait dans les yeux, coiffée « en vrac » par défaut. Sur son visage aux traits fins, presque féminins, de grands yeux en amande d'un vert cerclé d'or surplombaient un nez discret. Une bouche rosée précédait un menton légèrement pointu. Il avait trouvé, quelque part dans la forêt, un tissu aux couleurs du feuillage dont il s'était vêtu, sa forme humaine supportant mal la basse température des nuits. Une multitude de cicatrices couvrait les parties de son corps que l'on pouvait voir, et seules ses mains étaient restées intactes. Tout son corps semblait s'être adapté à la forêt ...

Il sourit devant le spectacle attendrissant qui se déroulait devant lui. La forme blottie au creux de l'arbre bougea, se retourna et ouvrit difficilement les yeux, les clignant plusieurs fois pour les habituer à la lumière du jour. Deux billes d'émeraude et d'or rencontrèrent leurs jumelles, et les deux garçons se sourirent. Christyän sauta dans le creux, atterrissant juste à côté de son frère, et le serra contre lui avec tendresse.

« Bien dormi ? »

L'autre acquiesça simplement, un bâillement le prenant en traitre et lui coupant la parole. L'aîné le lâcha alors, le laissant s'étirer et se redresser dans leur lit improvisé. Cela faisait presque cinq ans qu'ils étaient arrivés dans cette immense forêt, mais seule leur apparence humaine pouvait en témoigner. En effet, lorsqu'ils reprenaient leur apparence animale, ils devenaient deux loups d'un peu moins de deux ans. Ils avaient bien conscience qu'ils ne devaient leur survie qu'à leur don. Si l'humain en eux n'avait pas été assez fort lorsque leur mère les avait abandonnés, le loup avait été assez développé pour comprendre et survivre. Christyän offrit un magnifique sourire à son frère.

« Tu as faim ? Je suis allé chasser, c'est en bas. »

L'autre le dévisagea une seconde, puis répondit à son sourire.

« Merci ! »

Raän était plus faible que son jumeau, c'était un fait, cela avait toujours été comme ça, dès leur naissance. Mais jamais aucun des deux n'avait profité de sa position, pour Christyän de grand frère sur-protecteur, pour Raän de petite chose fragile. Il n'y avait jamais eut de jalousie entre eux, et il ne pourrait jamais y en avoir. L'un était l'oxygène de l'autre, sa raison et sa motivation pour devenir plus fort, et l'autre était le protecteur du premier, le nourrissant et le gardant. Ils descendirent ensemble au pied de l'immense chêne, où la carcasse du cerf saignait encore. Ils reprirent alors leur forme animale, et deux loups noirs totalement identiques se tinrent à la place des deux garçons. Seul leur regard pouvait les différencier … S'inclinant, le plus jeune laissa la place à son chef, plus par instinct que par savoir, qui se servit en mordant à pleines dents dans la chair. Le sang gicla autour de sa gueule, et d'un mouvement sec et précis, il ouvrit le ventre de sa proie, dévoilant ses entrailles. Ils mangèrent à leur faim, une fois de plus, et Raän ne put s'empêcher de remercier son aîné mentalement, comme il le faisait depuis l'année où ils étaient arrivés là.

Depuis qu'ils s'étaient rendu compte qu'ils pouvaient s'exprimer par des mots, les deux frères n'avaient cessé de s'entraîner. Certes ils n'avaient aucun modèle dans cette forêt, certes ils ne pouvaient pas apprendre à être de vrais humains, mais une petite part d'eux gardait en mémoire les paroles qui étaient parvenues à leurs oreilles, jusqu'à ce qu'ils soient abandonnés. Ils s'en amusaient beaucoup, se plaisant à parler et à reprendre leur apparence humaine dès qu'ils ne ressentaient pas le besoin d'être des loups. Christyän dépassait légèrement son jeune frère et ne cessait de le taquiner, jouant gentiment avec lui. Il n'avait jamais cessé de le protéger, de s'inquiéter pour lui, de l'aimer de toute son âme. Il s'arrangeait le plus souvent pour partir seul à la chasse, ayant peur que Raän ne se blesse. Au bout de ces années de vie au sein de cette immense forêt, l'aîné avait finit par ne plus trop se méfier des autres espèces qu'il côtoyait. Il savait de qui il devait se tenir loin, qui il pouvait approcher sans craintes … Il appartenait à ce lieu, il y était chez lui.




Christyän ouvrit les yeux, et un sourire tendre étira son visage. Il resserra sa prise sur le corps fin collé contre son torse, appréciant la proximité de son jeune frère. Eux qui n'avaient rien connu d'autre que la présence de leur moitié n'avaient eu tout l'amour ni toute l'affection physique que tous les enfants reçoivent de leurs parents … Alors ils s'étaient satisfaits eux-mêmes. Aucun n'en était gêné, et il était très fréquent qu'ils se câlinent des heures durant, parlant un peu, profitant simplement de la présence et de la chaleur de l'autre. C'était devenu un geste naturel, et Christyän ne ratait aucune occasion pour se coller à son jumeau.

L'autre bougea légèrement, se retournant dans son sommeil pour faire face à l'aîné qui sourit d'avantage. Seuls quelques rares rayons de lune lui permettaient de deviner le visage de Raän, adoucit par les rêves et le repos. Une soudaine envie le traversa, et, levant les yeux vers le ciel presque entièrement caché par les feuilles, il se décolla précautionneusement de sa moitié, pour grimper au plus haut de l'arbre. Là, il perça le feuillage et, faisant attention à ne pas tomber et à ne pas casser les fines branches de la cyme, il sourit largement à la lune pleine qui sembla lui répondre. Aucun nuage ne venait gâcher la toile de maître qui s'étendait sous ses yeux. Des millions d'étoiles se côtoyaient, semblant les encourager lui et Raän dans leur vie si éprouvante. Car malgré leur bonheur, ils avaient dû se battre férocement pour survivre. Ils avaient dû apprendre à maîtriser leur corps, à se nourrir, à chasser, à grimper aux arbres, même à hurler seuls sans aucune aide extérieure. C'était sans doute ce qui poussait Christyän à détester sa mère. Il ne comprenait pas, des années après, comment elle avait pu les abandonner de la sorte. Lorsqu'ils en parlaient, Raän lui dévoilait une opinion plus optimiste, et bien moins réaliste que ce que pensait Christyän. Car lui avait vu. Il avait vu son père les déposer tous les deux dans la forêt, il avait vu la silhouette s'éloigner sans se retourner, sans regards ni regrets. Il avait tenté de l'appeler, il l'avait supplié mentalement de revenir, mais l'homme avait disparu dans la nuit, les laissant seuls tous les deux …

Mais pour rien au monde il ne l'aurait dit à son jumeau. Raän espérait encore, il espérait qu'un jour leur mère vienne les chercher, les ramène à la maison … Et malgré sa haine envers ces parents qui les avaient abandonnés, l'aîné ne pouvait se résoudre à parler de cela à Raän. Il ne pouvait se résoudre à voir le désespoir, la tristesse et le malêtre dans les yeux si purs du plus jeune. Il s'était promis de le protéger, et cela était valable autant sur le plan physique que mental … Aussi, il se taisait, et se contentait de ne pas répondre. Il poussa un soupir et redescendit silencieusement les branches de l'arbre, s'éloignant de la clarté de la lune pour rejoindre ce qui était comme son soleil. Arrivant à la hauteur de son jumeau, qui, dans son sommeil, avait reprit sa forme animale, il s'accroupit et l'observa quelques secondes. Comme il l'aimait, ce petit être ! Comme il se sentait vivant lorsqu'il était avec lui ! Il sourit. Il ne le quitterait jamais, car il vivait pour lui, et que son monde ne se résumait qu'à lui, qu'à ce beau loup noir alanguit au creux de l'arbre. Il n'avait jamais eu peur de cette couleur, bien au contraire. Ce noir si profond, si brillant, lui semblait aussi réconfortant et apaisant que la nuit. Il pouvait s'y réfugier lorsqu'il était fatigué, il pouvait s'y cacher, il pouvait agir aussi naturellement qu'il le voulait sans craindre aucune menace ... Son sourire s'élargit alors qu'il s'étendait auprès de sa moitié, se boudinant avec bonheur contre le poil doux de l'animal. Si Raän était son monde, alors son monde n'était fait que de noir.


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MessageSujet: Re: House of Wolves   Ven 5 Juil - 7:25


La lune se couchait lentement derrière les hautes barrières de bois qui constituaient son habitat depuis tant d'années. Une lueur écarlate parcourait le ciel, prélude de la naissance quotidienne de l'astre de feu. Ses pattes foulaient le sol, évitant avec agilité les racines et les creux, contournant les arbres. La masse noire se faufilait, silencieuse et rapide, cherchant d'un coin de l'œil sa moitié, de l'autre leur proie. Alors qu'une deuxième ombre filtrait entre les arbres, un sourire étira ses lèvres. Il était là, il le suivait. L'animal accéléra brusquement l'allure, et l'ombre le suivit sans peine. Ils arrivaient à la clairière, là où leur proie s'était réfugiée … L'orée les immobilisa, et ils se tapirent tous les deux dans l'herbe, cachés par les racines et les buissons. Échangeant un regard d'entente, chacun partit d'un côté, encerclant la clairière, bloquant toute issue. Ce soir, ils auraient un véritable festin.

Le plus jeune était totalement immobile, invisible au travers des hautes herbes. Il savait, comme son aîné, qu'au moindre faux-pas, ils rentreraient bredouille, et n'auraient qu'à passer une nuit de plus sans manger. D'un énième coup d'œil, ils se mirent d'accord, et en un instant ils bondirent sur leur proie qui, prise au dépourvue, n'eut que le temps d'être surprise avant de s'effondrer au sol, la nuque broyée par deux paires de crocs. Tout avait été d'une rapidité impressionnante, comme d'habitude. Avec un sourire, l'aîné approfondit sa prise sur le cou de la désormais dépouille, et la traîna au travers des arbres, quittant la clairière et le soleil, abandonnant la vulnérabilité, regagnant la protection des immenses arbres. Le plus jeune le suivit, répondant à son sourire, et trotta alors à ses côtés, fier de lui-même, fier d'eux-deux. Leur combinaison était toujours fructueuse. Ils arrivaient toujours à leurs fins, lorsqu'ils étaient ensemble.

// Chris ! On va bien manger, ce soir !! // s'exclama le jeune loup, transmettant par le langage animal sa bonne humeur à son frère.

// Oui. // répondit simplement l'aîné avec un sourire, leur dîner toujours entre les dents.

Voilà plus de six ans qu'ils étaient arrivés là. Six ans qu'ils étaient ensemble, six ans où il avaient dû apprendre seuls à se débrouiller, à se nourrir, à se protéger … Ils étaient devenu forts, agiles et efficaces. Eux qu'on avait abandonné, ils s'étaient construits sans parents, sans autre autorité que la forêt et ses secrets, ses mystères, ses lois et ses règles. Ils avaient appris seuls la méfiance, l'humilité, la retenue, la précision, même la politesse était venue avec leurs instincts. Seul leur humanité n'avait pas été développée. Ils avaient souvent croisé des Elfes, dans la forêt, et avaient appris l'utilité des vêtements, lors des nuits d'hiver, ils avaient appris à se tenir debout, avaient développé leur langage … Mais jamais ils n'avaient été en contact avec ceux de leur race. Jamais encore ils n'avaient rencontré d'humains. Parfois ils avaient pu apercevoir des campements, mais dès qu'ils s'en étaient approché, les lieux avaient été désertés, laissant des morceaux de tissus, des poteries de terre séchée abandonnés. Ils s'étaient construis ainsi, loin des leurs, proche l'un de l'autre.




La nuit tombait déjà. Lentement, les étoiles illuminèrent le ciel rougeoyant, alors que l'ombre des arbres avait déjà plongé la forêt dans un respectueux silence. Les deux moitiés venaient de rentrer de leur journée de chasse, et après les quelques cent vingt kilomètres parcourus, allez-retour, traînant chacun leur tour leur dîner sur les soixante derniers kilomètres, aucun n'aurait été contre un moment de détente. Laissant leur repas au pied de leur arbre-mère, l'aîné bondit vers la première branche, reprit sa forme humaine et attrapa la branche à pleines mains, s'y accrochant avec agilité. Il grimpa alors jusqu'à leur ''lit'' commun, et prit un des grands tissus rectangulaires soigneusement plié qui reposait dans un petit creux juste à côté de leur ''lit''. Il redescendit ensuite, et offrit un magnifique sourire à son frère, redevenu humain, qui le lui rendit presque aussitôt. Ils se dirigèrent ensemble vers la rivière, à quelques dizaines de mètres de là. Toujours sous leur forme humaine, ils se dévêtirent et plongèrent dans l'eau, après avoir déposé leurs ''vêtements'' sur une pierre sèche.

Le plus jeune fut le première à ressortir la tête de l'eau, ramenant ses long cheveux en arrière d'un geste de la tête. Son jumeau l'imita quelque secondes plus tard, et ils rirent de concert.

« C'est bien plus agréable sous cette forme, non ? » lança Raän.

« C'est vrai, mais c'est plus froid », rit son image, avant de replonger sous la surface miroitante.

Christyän fit quelques brasses, puis s'approcha doucement de son frère et, lui attrapant les chevilles, le tira vers le fond avec lui. L'autre retint un cri de surprise et gronda sous l'eau, alors que son jumeau remontait à la surface, riant aux éclats.

« Chris ! Tu sais que je n'aime pas ça !! » s'exclama le plus jeune.

Mais Christyän riait toujours, se tenant le ventre. Avec un soupire en coin, Raän s'appuya sur ses épaules et, à son tour, fit couler son frère, qui l'attrapa par les hanches en l'entraînant à sa suite. L'autre se tortilla quelques secondes, alors que Christyän commençait sa séance de chatouilles. Ils ressortirent tous les deux tête de l'eau, l'un riant avec quelques difficultés, le second se concentrant sur les hanches et les côtes de sa moitié. Le ramenant vers la berge, il l'adossa à la terre et continua sa torture sous les petits cris de détresse de Raän, qui tentait tant bien que mal de faire lâcher prise à son frère.

« C-Chris ! Arrê- … Arrête ! S'il te plaît ! » fit-il d'une voix entrecoupée de rires.

Christyän sourit et accéda à la requête de son frère, se maintenant toujours au dessus de lui. Il lâcha un « Héhé ! » moqueur, qui lui valut une petite tape sur la tête. Le premier né relâcha alors son frère, et ils se lavèrent sagement. Ils sortirent chacun leur tour, s'essuyant avec le morceau de tissu rectangulaire, comme ils avaient pu voir quelques rares humains faire.




La forêt avait toujours été leur maison. Ils ne connaissaient qu'elle. Elle les avait accueilli à bras ouverts, elle leur avait tout enseigné. Elle leur avait parfois sauvé la vie, parfois mis à l'épreuve … Tout ce qu'ils savaient c'était grâce à elle. Tout ce qui faisait qu'ils étaient « eux », c'était grâce à cette mère, à cet immense territoire qu'ils partageaient avec les autres animaux. Ils se sentaient loups, ils se sentaient enfants de cette forêt. Mais par delà leur conscience, tout au fond de leur être dormait une autre forme. Une forme qu'ils utilisaient, mais qu'ils ne reconnaissaient pas comme la leur, comme leur forme légitime, normale. Cette apparence humaine leur était utile, rien de plus. Et pourtant … Pourtant cette forme était celle sous laquelle ils étaient nés, sous laquelle ils avaient été élevés, c'était elle leur véritable apparence. S'il avait connu le monde des humains, Chris s'en serait douté. Il aurait deviné qu'un jour où l'autre, ils devraient retourner à leur identité. La civilisation, cette moisissure qui avait détruit leur enfance, les appelait, inlassablement, et c'était uniquement grâce à leur Mère d'adoption qu'ils avaient si longtemps pu l'éviter. Elle qui dressait toujours un rempart entre les hommes traversant la forêt et les jumeaux, elle qui se rappelait à eux lorsque, par égarement, ils se laissaient aller à observer ces nomades, jamais là bien longtemps, mais qui leur avaient inconsciemment appris bien des choses sur l'utilité de leur corps … Mais la menace était toujours là. C'était leur nature, ils étaient fait pour apprendre, pour lire, parler … Ils étaient nés humains, et leur destin était de vivre en humains.

Le déclencheur vint un matin d'automne. Avec délicatesse, l'astre naissant s'attelait à réveiller la Mère des êtres encore endormis. Perçant aux travers des feuilles, un timide rayon vint se poser sur une paupière sombre, la faisant frémir. Puis soudain, un bruit sourd résonna. Une seconde plus tard, une paire d'émeraudes scrutait les alentours … Le bruit se répéta, et l'enfant se redressa, alerte. Cela ressemblait à des pas, provenant de pattes lourdes, encombrantes et sûrement très puissantes. Sans un mot, il réveilla son double, le sommant de faire silence. Ils descendirent de leur arbre, l'aîné toujours à l'écoute, dans l'attente d'un indice, d'un bruit supplémentaire qui lui indiquerait de fuir ou de se rendormir. Planté sur ses pattes, il laissa soudain échapper un grognement. Il le sentait ! D'un regard, il ordonna à son frère de se cacher, de s'enfuir. Lui resterait pour protéger leur maison. L'autre obéit, gardant toutefois son frère à portée de vue. Il ne partirait pas sans lui.

Se rendant compte que le bruit s'était arrêté, Christyän se figea. A quelques dizaines de mètres, une bête immense se tenait debout sur ses pattes arrières. Les griffes et les crocs sortis annonçaient que le monstre était prêt à se battre. Cette image rappela à l'aîné des souvenirs de ses premiers pas, de sa première rencontre avec plus fort que lui. A l'époque, il n'avait été qu'un spectateur, mais il risquait désormais de finir comme la proie qu'il revoyait éventrée. Mais il ne fuirait pas. C'était leur arbre, leur abris, leur maison. Ils ne pouvaient pas l'abandonner ainsi, ils se devaient de la protéger. Et Christyän étant le plus âgé, c'était à lui de protéger son territoire. Sortant à son tour les griffes, il grogna fortement, menaçant la bête et lui demandant de passer son chemin. Comme il s'y était attendu, cela eut l'effet contraire, et le monstre fonça sur lui sans attendre. Esquivant les coups de pattes, Chris le mordit à l'oreille, avant d'être rejeté au loin. Revenant à la charge, il s'élança, exposant son flan gauche. L'animal en profita et, d'un coup de griffes bien placé, il lui déchira l'épaule. Loin de se laisser faire, le loup sauta à la gorge du montre, enfonçant ses crocs dans la chaire. L'animal gémit alors que Christyän s'éloignait en boitant, la patte avant en sang, la douleur parcourant son corps entier. Dégoûté de lui-même mais raisonnable, il hurla à son frère de s'enfuir, avant de se précipiter à sa suite … Il avait abandonné leur maison, mais il savait pertinemment que s'il avait insisté, il serait mort avant même de s'en rendre compte.

L'animal ne décida pas de les poursuivre, fort heureusement pour eux car leurs pas maladroits ne les avaient pas amenés plus loin que la rivière. Reprenant forme humaine, ils soufflèrent avec difficulté. Lorsque Christyän s'effondra, Raän se précipita vers lui, l'aidant à s'adosser à un arbre.

« Chris … ? »

Il retint un cri d'horreur. De l'épaule au coude, la chaire de son frère était méchamment entamée, laissant un large flot de sang s'écouler. Le plus jeune sentit les larmes lui monter aux yeux … Pressant la plaie en espérant arrêter le sang, Raän supplia son frère de rester conscient, de le regarder, de lui parler, de rester en vie … Mais l'aîné avait depuis longtemps perdu connaissance, terrassé par la fatigue, la peur, la douleur et la perte de sang.

« Christyän !! Chris, réponds !! »

Les larmes dévalant la pente de ses joues, le jeune homme était perdu. C'était sa faute. C'était entièrement sa faute. S'il n'avait pas été là, s'il n'avait pas été si faible, Chris n'aurait pas prit autant de risques, il ne se serait pas risqué à affronter un ours pour le protéger. A deux, ils auraient pu l'avoir, mais Raän, pétrifié par la peur, n'avait pu esquisser un mouvement à la vue de son frère se faisant blesser. Comment en étaient-il arrivé là ?! Depuis quand Raän était-il si faible, si incapable ? Certes Chris était là pour lu, certes il était plus puissant, plus agile, mais lui restait un loup, malgré ses points faibles, et il aurait dû être aux côtés de son frère pour protéger leur territoire … Un bruit attira soudain son attention vers les grands arbres à quelques mètres. Le monstre les avait-il retrouvés ?! Allait-il les tuer ?! Reprenant son apparence animale, il allongea Christyän au sol et se dressa devant lui, le protégeant de son corps, grognant contre le nouvel arrivant toujours caché.

Une puissante vague de soulagement l'envahit quand il se rendit compte qu'à la place des longues griffes et de l'immense carrure de la bête, un simple humain se tenait là. Se laissant tomber à genoux, il reprit inconsciemment sa forme humaine, alors que l'homme écarquillait les yeux. Raän le dévisagea une seconde. Il était vieux. Ses longs cheveux blancs étaient reliés en une simple queue de cheval et son visage mince était comblé de rides. Une petite bouche stupéfaite montrait une rangée de dents totalement blanches, et au centre du visage, une paire d'yeux d'un bleu réconfortant l'observait avec inquiétude. Affaiblit par la peur de voir son frère mourir et par le choc des événements, Raän laissa tomber toute barrière et toute protection, levant vers le vieil homme un visage de nouveau ravagé par les larmes et les sanglots retenus.

« Il va mourir … »

Ce simple souffle lui avait échappé, et il eut le meilleur effet. Doucement, l'humain s'approcha de lui, les mains en avant pour montrer qu'il était sans armes.

« Me laisserais-tu l'aider ? » murmura-t-il comme pour ne pas l'effrayer plus.

Sans une seconde d'hésitation, le jeune garou acquiesça. Oui, il voulait de l'aide, il voulait qu'on aide son frère. Il passa derrière le corps tremblotant, prenant sa main dans la sienne, alors que l'homme s'agenouillait auprès de lui. Un coup d'œil sur la blessure et sur le visage de plus en plus pâle du jeune homme le convainquit de le ramener d'urgence chez lui pour le soigner. Il en fit part à Raän qui, après un mouvement de recul, prit délicatement son frère dans ses bras et le souleva, certes avec quelques difficultés, gardant une main appuyée sur la plaie toujours sanguinolente.

« Je reste avec lui. »

L'humain sourit doucement et lança un simple « Suis-moi. » avant de s'enfoncer dans la forêt, le garou à sa suite.




Ils avaient mis une bonne demi-heure à atteindre la grotte du vieil homme. Celui-ci avait demandé à Raän d'allonger son frère sur le « lit » puis lui avait conseillé de s'éloigner un peu. Mais le jeune homme avait refusé. Quitte à voir le sang de son frère, il préférait être près de lui. Serrant sa main, il regarda les dents serrées le vieil homme se débarrasser des bords de la blessure qui, durant le trajet, avaient boursoufflé et s'étaient infectés. Il le regarda désinfecter soigneusement la blessure, la nettoyer, puis coudre la peau rougie, et enfin la panser. Il ne quitta pas le chevet de son frère. Pas une seconde il ne sortit courir, pas une seconde il n'alla chasser. Il fut d'ailleurs bien reconnaissant au vieil homme de lui apporter chaque jours de la nourriture et de l'eau. Tenant précieusement cette main dans la sienne, il attendit des jours que son double ouvre les yeux. Terrassé par la fièvre, le blessé délirait, l'appelant dans son inconscience. Mais malgré les cris et les larmes, Raän ne le quitta pas. Le vieil homme, qui se prénommait Tarkh, lui tint compagnie tout ce temps. Ils discutèrent, et le garou apprit que Tarkh habitait autrefois au milieux des humains, au delà des forêts. Un soir, Raän n'en pu plus, et raconta toute leur histoire au vieil homme. De l'abandon de ses parents – car, après tant de temps, il n'en doutait plus, et les silences de son frère dès qu'il osait poser la question lui répondaient mieux que n'importe quelle explication – à la rencontre avec le monstre. Il ne lui montra pas sa forme animale, car il lui aurait fallu pour cela lâcher la main de son frère ...

La récompense de ses efforts vint durant la sixième nuit. Alors que le plus jeune était boudiné contre le corps encore transpirant de son frère, sa main toujours serrée autour de sa jumelle, Christyän reprit conscience. Doucement, l'odeur des lieux lui parvint, le faisant émerger. Il sentait sous lui une matière moelleuse et, incapable de déterminer ce dont il s'agissait, il ouvrit lentement les yeux. Tout était noir. Il referma les paupières quelques secondes, puis les rouvrit. Ses yeux s'habituèrent à l'obscurité, et il put enfin distinguer les alentours. Une masse était collée à son flan, et il retint un sourire en tournant la tête sur le côté. Raän était là, la tête à quelques centimètres de lui, son souffle caressant son épaule … Devinant sans mal qu'il l'avait longtemps veillé, le blessé remarqua leur mains liées, et fut certain d'être en vie. La serrant doucement, il regarda avec amusement son double papillonner des yeux, surprit, lui se redresser d'un bond.

« Chris … ? »

Les yeux identiques se fixèrent un moment, avant que Raän ne lui tombe dessus, le serrant fort contre lui. L'aîné étouffa un rire et lui rendit son étreinte, alors que le plus jeune enchaînait les reproches, des larmes de soulagement venant tremper le cou de Christyän.

« Espèce d'idiot ! Ne me laisse plus jamais comme ça ! Ne m'abandonne pas … »

« Je suis là, » répondit simplement le garou.




Raän accueillit le levé du jour avec un sourire radieux. Quelques rayons de soleil parvenaient à explorer la pièce dans laquelle ils étaient, leur permettant de mieux se voir. Tarkh ne tarderait pas à venir s'informer de l'état de santé du jeune homme, et le garou pourrait le présenter à Christyän. Il résuma à celui-ci les derniers événements, mais lorsqu'il lui annonça que leur sauveur était un humain, l'aîné blêmit.

« Quelque chose ne va pas ? Tu as mal ? »

« Tu t'es laissé entraîner par un humain … » murmura Chris d'une voix blanche.

« Où est le problème ? »

Un éclair de fureur traversa les yeux du blessé.

« Le problème ? Le problème c'est que les humains sont fourbes et n'ont aucune fierté ! Je t'ai déjà dis qu'ils étaient dangereux, Raän ! Je t'ai déjà dis de ne pas t'en approcher ! »

« M-Mais … »

« Tu ne te rends pas compte de ce que tu as fais ?! En nous amenant ici, tu nous as livré aux humains ! Il faut partir. »

Se soulevant difficilement, il se mit sur ses pieds, chancelant, sous l'œil perdu de son frère. Tentant de repérer la sortie, il se dirigea vers elle, avant de revenir sur ses pas et de se planter devant le plus jeune.

« Debout ! On part. »

« Mais Chris ! Il t'a sauvé ! On peut pas partir sans le remercier ! »

« Ce n'est qu'un humain ! »

Le prenant alors par le poignet, il le tira vers lui et se précipita vers la sortie. Parvenant à la lumière du jour, il s'appuya une seconde contre les dernières parois, reprenant son souffle, sa blessure le lançant affreusement.

« Tu vas te faire du mal ! Viens, on y retourne, » dit son frère en le voyant crisper les dents de douleur.

Mais sans même accorder une réponse à ces paroles, il le traîna à l'extérieur, se mettant à courir vers les arbres. Sentant une résistance, il s'arrête et regarda son double qui tentait de le faire lâcher prise.

« Raän ? »

« Lâche-moi ! J'y retourne ! »

Lâchant son poignet d'un geste brusque, il le prit par les épaules, ignorant la douleur de son bras, le faisant sursauter. Jamais encore Christyän n'avait été si brusque avec lui.

« On ne peut pas lui faire confiance, tu m'entends ?! Je sais pas ce qu'il t'a raconté pendant que j'étais endormis, mais tu ne peux pas le croire ! C'est un humain !! »

Le plus jeune se dégagea alors.

« Et nous aussi ! » cria-t-il presque, choquant son jumeau qui s'immobilisa.

« ... Quoi ? »

Reprenant son calme, le plus jeune passa une main dans ses cheveux, un peu chamboulé de s'être emporté contre son frère.

« On est humain, Chris. »

« Ne dis pas n'importe quoi, » répondit l'autre, un peu perdu. Puis il reprit, plus fort : « On est des loups, tu le sais bien … On a rien à voir avec eux ! On ne doit plus avoir de contact avec eux, pas après ce qu'ils nous ont fait ! »

« De quoi tu … »

« Elle nous a abandonné, Raän ! Elle ne voulait plus de nous, elle nous a abandonné ! Elle n'a pas eut le cran de nous tuer, elle a préféré penser que quelqu'un d'autre le ferait ! Elle a préféré nous laisser crever de faim plutôt que de nous élever ! »

« Mais … »

« Elle nous a laissé tomber parce qu'on est pas humains ! » acheva-t-il dans un cri.

Essoufflé, un s'adossa à un arbre, alors que le plus jeune baissait les yeux.

« Tu comprends maintenant ? » reprit l'aîné d'une vois plus douce. « On ne peut pas faire confiance aux humains. Quand il saura, ton « sauveur » nous abandonnera, lui aussi. Au pire, il nous tuera. »

S'apprêtant à s'enfoncer dans les bois, il fut retenu une fois de plus par la voix de son frère.

« Il sait. »

Un silence suivit, comme si les mots mettaient du temps à atteindre l'aîné qui s'était brusquement figé.

« … Hein ? »

« Il sait pour nous. Il nous a vu. Et je lui ai tout dis. »

Un lourd silence s'installa entre eux, et Raän cru un instant que Chris allait se retourner pour le frapper. C'était bien leur première dispute … Eux qui s'étaient toujours si bien entendus, voilà qu'ils se déchiraient pour une histoire d'identité … Avec un soupir, il releva les yeux.

« Est-ce que tu me comprends, Chris ? Est-ce que tu comprends ce que je ressens ? Tu dis que nous sommes des loups … Tu es un loup, Chris. Dans ton comportement, dans ta façon de penser … Tu es un loup, un vrai. Tu ne te sers de ta forme humaine que lorsque c'est nécessaire … Mais moi c'est différent. Moi, quand je suis avec toi, je n'ai de loup que l'apparence. Je ne suis pas courageux, je ne comprends rien à ces instincts que tu as. Je ne me sens moi-même que comme ça, » dit-il en montrant son corps humain. « Même en tant que ton double, je ne suis pas comme toi. »

Ce furent les derniers mots qui firent réagir l'aîné. Se retournant, les larmes aux yeux, il serra son jumeau dans ses bras.

« Ne dis pas que tu es mon double, » lança-t-il d'une voix suppliante. « Tu n'es pas « une réplique de moi », Raän, tu es bien plus ! Tu fais partie de moi … Comme je fais partie de toi. »

Il se décolla un peu de lui, plongeant ses émeraudes dans les jumelles face à lui.

« Tu vas vraiment partir ? Tu veux vraiment y aller ? »

L'autre acquiesça simplement, faisant soupirer l'aîné.

« Ne m'abandonne pas … »

« Alors viens avec moi. »

Pouvait-il vraiment l'accompagner ? Pouvait-il rejeter tout ce à qui il croyait, toute ses craintes, toute sa fierté pour rester au près de son frère ? Il le sentit lui rendre son étreinte, et il se laissa aller au creux de ses bras. Depuis quand le petit frère réconfortait-il le plus grand ? Depuis quand Raän était-il si fort, si sûr de lui ?

« Tu l'as dis toi-même, je fais partie de toi comme tu fais parte de moi … On est liés, on ne peut pas se séparer … Comme on ne peut pas choisir d'être entièrement des loups ou entièrement des humains. Je pourrais pas avancer sans toi, Chris. Viens avec moi. »

Ces mots suffirent à faire tomber les dernières barrière du garou, qui sourit sincèrement.

« Arrête de me voler mon rôle. C'est moi qui devrais dire tout ça, qui devrais te réconforter et te persuader … »

L'autre étouffa un rire.



Le bras de Chris se remettant à saigner, Raän le traîna jusqu'à la grotte du vieil homme. Celui-ci était juste devant l'entrée, et les regarda revenir avec soulagement. Il sourit aux deux garçons, les accueillant avec bienveillance. Alors que Chris détournait le regard, Raän les présenta, intérieurement comblé que son frère l'ait choisit à sa nature. Le vieil homme s'occupa de désinfecter une nouvelle fois la blessure presque totalement refermée, avant de l'entourer d'un linge sec. Il les invita ensuite à déjeuner, la bonne odeur de viande embaumant la caverne entière. Pour la première fois, l'aîné goûta du lapin cuit, et trouva cela étrangement bon, lui qui n'était habitué qu'à la viande fraiche et encore saignante …

Puis ils discutèrent, Chris n'ouvrant pas beaucoup la bouche, écoutant seulement les deux autres parler. Il était captivé par les paroles de Tarkh, mais pour rien au monde il ne l'aurait dit à cet instant. Lorsqu'il eut finit son récit, le vieil homme s'adressa aux deux garous.

Avec un sourire, il leur proposa de vivre avec lui, dans cette grotte, en sa compagnie. Il leur apprendrait tout, il ferait d'eux des humains civilisés, il les ferait redevenir ce qu'ils étaient à l'origine. Le plus jeune jeta un regard circulaire dans la pièce. Pouvaient-il réellement vivre là ? Pouvaient-ils devenir humains, non plus par leur apparence, mais par leur savoir ? Raän sourit, re-songeant à l'habitat du vieil homme.

Perdue entre les arbres, l'entrée était grande ouverte aux voyageurs et offrait un abris parfait pour une nuit, ou bien pour se protéger d'une averse. Raän avait eut le temps de la visiter, et il la connaissait désormais par cœur. Taillé dans la roche, un hall de quelques mètres s'étendait. Au fond, un genre de couloir descendant sous terre conduisait à une autre « pièce », un peu plus grande, que la chaleur du soleil n'atteignait pas. Ce lieu avait accueilli le corps blessé de son frère durant des jours. Une multitude de petits creux étaient taillés dans les parois, permettant d'entreposer des objets de multiples tailles. Tout au fond encore, un deuxième couloir amenait à la dernière partie de la grotte. L'humidité de l'air ne laissait aucun doute sur ce que l'on trouverait à la fin de la grotte : une petite source d'eau pure, totalement transparente, aux reflets de cristal. Les parois n'avaient pas été creusées à cet endroit, et le seul aménagement était une espèce de planche qui permettait de se pencher au dessus de l'eau sans trop se mouiller. Si l'on revenait dans la pièce enfouie, comme avait finit par l'appeler Raän, on remarquait que le sol était recouvert de peaux. Si cela avait choqué le jeune garou au début, le vieil homme lui avait expliqué qu'il n'avait pas tué ces animaux uniquement pour leur peau. Il les avait chassé pour se nourrir, puis s'était servit des peaux pour s'isoler du sol. Après maintes explications et quelques années d'apprentissage, le plus jeune avait finit par comprendre la façon de penser de cet homme.

S'il avait tiqué au début, l'aîné y réfléchit sérieusement. S'ils pouvaient continuer d'aller dans la forêt, s'ils pouvaient retourner à leur arbre quand ils voulaient, s'ils restaient libres … pourquoi pas ? Ils pouvaient bien vivre là, après tout, ils étaient eux aussi à moitié humains.


Dernière édition par Christyän Maät le Jeu 2 Juil - 1:08, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: House of Wolves   Ven 5 Juil - 7:25


Les yeux vert forêt du garçon étaient ouvert depuis bien longtemps lorsque la lueur dorée du soleil d'été vint s'échouer sur la cime des arbres lui servant de couche. À son côté, boudiné contre son flanc, il sentit sa moitié s'étirer, puis s'éveiller.
Il l'accueilli d'un sourire tendre, et l'autre lui répondit d'un coup de langue affectueux sur la joue. Un gémissement paresseux retentit, suivit d'un gargouillement involontaire. Les deux jeunes loups se regardèrent, figés l'espace de quelques secondes, puis éclatèrent de rire de concert en reprenant leur forme humaine.

« On dirait bien que l'heure de manger approche ! » lança l'aîné, moqueur.

Son frère soupira, les joues rosées d'embarras. À cet instant, un bruit aigüe et répétitif retentit en provenance du pied de l'arbre dans lequel ils avaient élu domicile pour la nuit.
S'ils sursautèrent aux premières notes, ils se reprirent bien rapidement. Si le son n'était pas naturel dans ces bois sauvages, il était tout du moins habituel aux deux enfants. La clochette en cuivre retentit une dernière fois, puis des bruits de tissus indiquèrent qu'elle était rangée dans une sacoche.

« Debout, là-haut ! La journée va être chargée ! » fit alors une voix rocailleuse bien connue.

Le plus jeune sourit, se penchant par-dessus le creux de la branche dans lequel ils étaient allongés, et accorda un signe de main au vieil homme debout en bas de l'immense arbre.

« Bonjour, Tarkh ! On descend ! »

Christyän grommela un instant, se dégageant des quelques fourrures qui les recouvraient.

« Pourquoi faut-il que tu sois toujours si enthousiaste ? » souffla-t-il afin que seul son frère puisse l'entendre.

« Chris, il nous aide chaque jour depuis plusieurs lunes … Il serait peut-être temps que tu l'acceptes comme l'un des nôtres. »

« Il n'est pas des nôtres. Il est humain, » cracha l'aîné avant de sauter du haut de l'arbre, mettant fin à leur échange.

Raän soupira une nouvelle fois avant de tendre le bras vers une petite branche non loin de leur nid, sur laquelle pendait un bas de toile fine, une ceinture de cuir et une veste en peau de lapin. Il revêtit consciencieusement les morceaux de tissu, serrant la ceinture afin de ne pas risquer de perdre ses bas, puis, attrapant d'une main les vêtements de son frère, il enjamba la branche et sauta à son tour.

« Tu pourrais t'habiller, quand même ! » entendit-il le vieil homme grogner.

« À quoi bon ? Dans quelques minutes je devrais les enlever de nouveau ! »

Raän se rattrapa à une branche basse, puis posa les pieds au sol et rejoignit ses amis – et famille, à présent.

« Tiens, » dit-il simplement en tendant les vêtements à son frère.

Celui-ci grogna, puis les prit d'un geste brisque avant de les enfiler de mauvaise grâce.

« Bonjour, Raän, » sourit alors Tarkh. « Je vois que Christyän ne m'a toujours pas accepté, » ajouta-t-il avec un mouvement du menton vers l'aîné des deux loups.

« Il lui faudra un peu de temps, c'est tout … »

Le vieil ermite acquiesça, songeur, puis tourna les talons vers le nord lorsque Chris eut fini, se dirigeant vers sa propre demeure. Les deux garous lui emboitèrent le pas.

« Inutile d'aller chasser, ce matin. J'ai attrapé quatre lapins, ils sont déjà sur le feu. »

« Quoi ?! »

« Pas d'inquiétude, je t'en ai laissé un cru, Chris. »

L'aîné grommela sous le rire de son jeune frère. Depuis qu'ils vivaient à proximité de la caverne de Tarkh, celui-ci partageait ses repas avec eux, autant que ses diverses possessions. Et pour un vieil homme vivant seul en pleine forêt, Tarkh était particulièrement bien équipé !
Au fil des mois, il leur avait apprit les « bonnes manières » des humains, à commencer par l'habillement, la cuisson de la nourriture, l'hygiène quotidienne … Peu à peu, il leur enseignait la langue commune du continent, enrichissant leur vocabulaire, répondant à chacune des questions de Raän – Chris refusant encore de se reconnaître comme un humain, et donc faisant tout son possible pour se désintéresser des coutumes de cette race.

Pourtant, au fond de lui, il sentait cette passion pour la découverte l'habitant depuis toujours se manifester de plus en plus, par des associations, par des remarques – parfois même en feignant de ne pas écouter les leçons du vieil homme, alors que ses oreilles enregistraient le moindre de ses mots.
À ses côtés, Raän absorbait le savoir de Tarkh à la vitesse d'une éponge. La moindre remarque, le moindre aspect de leur vie quotidienne faisait l'objet d'innombrables interrogations, de remises en question, de méfiance et de doute.

// Au fond, // pensa Christyän en plantant ses crocs dans le lapin déjà dépecé, // ce n'est peut-être pas si mal … Apprendre à être autant humain que loup lui permettra de pouvoir choisir, lorsqu'il le voudra. //

Et si la pensée de son frère choisissant une vie humaine et quittant la forêt – le quittant, lui – lui était insupportable, il laissa son cœur se serrer douloureusement en songeant que s'il était heureux ainsi, peut-être cela en valait-il la peine …




« Doucement, Chrstyän ! J'ai dis ''en marchant'', pas ''en galopant comme un cerf'' ! … Oh, par la Lune ! » s'exclama Tarkh avec un soupire de désespoir en voyant le jeune homme se transformer soudainement en loup, ses bas et ta tunique retombant dans la terre, alors qu'il courrait désormais à quatre pattes vers l'orée de la forêt. « Raän, par pitié, dis-lui de se calmer, je perds patience … »

Le plus jeune marchant à sa droite étouffa un rire derrière sa main, puis se débarrassa prestement de ses vêtements, les tendant à son tuteur qui les enfourna dans son panier tressé déjà à moitié plein, avant de bondit par-dessus une racine, ses pieds se transformant immédiatement en de fines pattes musclées.
Au galop, il rattrapa son frère, jappant joyeusement et lui sautant dessus, les faisant tous deux rouler au sol.
Chris éclata de rire, lui mordillant l'oreille comme lorsqu'ils étaient encore des louveteaux, tendant de prendre le dessus sur leur duel amical.

À plusieurs mètres de là, Tarkh, ramassant les vêtements de Chris au sol, sourit largement devant la scène.
Ces deux-là allaient devenir de grands chasseurs, et s'ils parvenaient à former une meute un peu plus conséquente, ils tiendraient sans mal leur territoire à l'abri de n'importe quelle menace !
En les voyant ainsi ensembles, tout semblait possible pour eux tant ils étaient liés … Ils étaient pourtant si jeunes – pour des humains – et à la fois si vieux – pour des loups !

Arrivant à leur hauteur, il les laissa s'amuser quelques minutes de plus, tenant son panier rempli de sculptures au creux de son avant-bras, avant de les ramener à l'ordre.

« Allez, ça suffit. Rhabillez-vous au lieu de vous trainer dans la terre ! » fit-il d'un ton taquin.

Raän fut le premier à changer de nouveau, et l'habitude fit que le vieil homme ne fut pas surprit en voyant le jeune garçon totalement nu devant lui, coincé sous son frère lupin. Celui-ci se redressa, sachant pertinemment qu'il ne pouvait rester dans cette position sans blesser son cadet – leur corps humain était bien plus fragile.

De nouveau habillés, Tarkh les prit chacun par une épaule et se baissa à leur hauteur.

« Nous ne sommes plus loin de la frontière. Je veux que vous sachiez que je ne vous force à rien, d'accord ? Sortir de la forêt après tant d'années à rester coincé à l'intérieur n'est pas une tâche facile, surtout lorsque vous n'avez pas connu le tumulte des villes humaines. Chris, » dit-il en se tournant vers l'aîné, « je connais ton opinion des Humains, et tu sais que je la comprends. Ici, les gens seront peut-être comme vos parents, ou bien peut-être seront-ils comme moi ; la diversité des caractères et des natures des humains est complexe et variable. Ne faites pas n'importe quoi, je ne veux pas vous voir changer tant que vous ne serez pas à l'abri des arbres, d'accord ? »

Les deux enfants acquiesçant, il continua :

« Si vous vous sentez mal, si vous ne voulez pas rester ou si vous voulez vous éloigner un peu, on s'en ira immédiatement, d'accord ? Vous n'êtes forcés à rien. Aujourd'hui, nous sommes là pour vous instruire et vous montrer les comportements citadins. Notez les autant que vous le pourrez, et nous en parlerons en rentrant. »

Raän ajusta sa tunique, sera brièvement la main de son frère dans la sienne, lui souriant d'un air confiant, puis tourna les talons et parcouru les derniers mètres les séparant de l'orée de la forêt.

Christyän fut plus long à se décider. Lorsque la silhouette de son frère disparu dans la lumière de la plaine, il serra les dents.
Comme il détestait ne plus l'avoir dans son champs de vision !

Mais alors qu'il sentait ses jambes se raidir, une main chaude se posa sur son épaule.

« Ça va aller. Tu n'as rien à craindre. Raän n'a rien à craindre. »

Chris ferma un instant les yeux, puis acquiesça, et les nœuds de ses jambes se délièrent enfin.

Il avança avec hésitation, pas à pas, les yeux levés vers la cime des arbres masquant la lumière du soleil. Ils l'avaient si longtemps protégé du monde extérieur, l'avaient aidé à cultiver cette haine des humains, cette haine de cette moitié de lui-même, le forçant à renforcer ses propres protections, à devenir plus fort, plus rapide, plus mature – à devenir plus loup pour ne plus être humain.
Et aujourd'hui encore ils le protégeaient jusqu'à la dernière seconde, l'encourageant, lui murmurant par le vent dans leurs feuilles : « Vas-y, rejoins-le, sois un homme ! » …

La lumière perça à travers les feuilles denses, et soudain, tout autour de lui fut plongé en elle. Les nuances de vert laissèrent place à une teinte unique : l'herbe au sol envahissant la plaine entière, la privant de la moindre ombre – à l'exception de quelques arbres solitaires par-ci par-là.
Lorsque ses yeux s'accoutumèrent, il vit à quelques centaines de mètres la silhouette oh-combien connue de Raän lui faisant de grands signes de mains, debout à côté d'une maison en terre séchée et au toit de chaume.
Chris le rejoignit avec appréhension, comme si chaque pas l'éloignant de la forêt provoquait un profond changement en lui, le privant de sa moitié animale, de ce qu'il connaissait, de ce en quoi il avait confiance

« Regarde, regarde ! Les murs sont différents de ceux de Tarkh ! Et le toit ! C'est quoi à ton avis, des feuilles ? Y'a même des trous dans les murs ! » s'exclama-t-il, enthousiaste, en étudiant la maison.

Lorsque Tarkh les rejoignit, il constata que l'habitation était vide et abandonnée – éloignée du village, il n'était pas étonnant qu'en l'absence de descendance, les anciens propriétaires l'aient laissée ainsi à l'abandon après leur décès. Il leur expliqua avec soin la fabrication des murs ainsi que celle du chaume, leur promettant de leur montrer un champs de blé dès qu'ils en croiseraient un. Dans cette région agricole, cela ne risquait pas d'être si long …

Au loin, ils pouvaient déjà apercevoir la forme du village voisin, construit volontairement loin de la forêt.

Progressant à travers la plaine ensoleillée, Tarkh eut un sourire en voyant les deux enfants courir et sauter dans tous les sens, sans aucune contrainte de terrain. Pas de racines, pas d'arbres, pas de buissons vénéneux ou épineux pour arrêter leur course … Ils pouvaient se livrer en toute liberté aux jeux qu'ils ne cessaient de pratiquer.

Après plusieurs dizaines de minutes de marche dans la plaine, ils atteignirent les premières chaumières, et Tarkh s'empressa de répondre aux questions de Raän.

« Pourquoi y en a-t-il autant ? Les familles vivent-elles tous dans une seule maison ? La dame porte un linge dans son dos, et c'est gros, c'est quoi ? Pourquoi ils ne se parlent pas ? »

À mesure qu'ils avançaient, Chris étudia avec attention les regards, les expressions qu'ils pouvaient lire sur les visages variés des villageois. Celui-là était gros, avec une barbe broussailleuse, un éclat de rire sur les lèvres, une main sur son ventre bedonnant alors qu'ils parlait avec une petite dame au sourire timide et aux épaules étroites … Celle-ci avec un air taquin, presque conspirateur, parlant dans l'oreille d'une autre femme – une amie ? – et lançant des coups d'œils de l'autre côté de la rue, alors que son amie pouffait dans sa main.
Là, un enfant au nez retroussé et tâches de rousseurs sur les joues pleurait, trainé par la main par une femme – sa mère ? – à la tignasse d'un roux éclatant, une moue agacée sur les lèvres …

Lui qui n'avait jamais vu que son reflet dans l'étang près de leur tanière, lui avait toujours vu son reflet dans les yeux de son frère s'émerveillait de la complexité du physique des humains. Qui aurait cru qu'ils puissent être si différents ? Qui aurait cru qu'il en existe avec tant d'apparences différentes – car dans la rue agitée et inondée de villageois, Christyän fut incapable de voir deux visages identiques.

C'est alors qu'il croisa le regard de son frère.
Celui-ci semblait s'être tari en question, et à la lueur inquiète dans les yeux verts de son double, Chris comprit qu'il avait eut la même observation que lui.

Tous ici étaient différents. Sauf eux.

Eux étaient presque identiques en tous points. Peut-être Raän était-il un peu plus fin que son frère ; peut-être Christyän avait-il la mâchoire légèrement plus ferme, le regard plus haut … Mais ils savaient qu'il était aisé de les confondre … Étaient-ils la même personne autrefois scindée en deux ? Étaient-ils deux individus plus évolués que ces Hommes-là ? Étaient-ils des anomalies ? Étaient-ils des malédictions, des malformations censées ne pas exister ? Était-ce pour cela que leurs parents les avaient abandonnés ?!

« Voilà la place du marché, » fit soudain Tarkh, ne semblant pas remarquer leur trouble. « Vous pouvez aller faire un tour pendant que je tente de vendre ces sculptures. Mais souvenez-vous, ne touchez à rien ou on pourrait vous accuser de vol ! »

Et sans un mot de plus, il fendit la foule et s'y mêla avec adresse, lui l'exclu, le solitaire, l'ermite …

Christyän se rapprocha de Raän, lui prenant la main avec hésitation. Remarquant une minuscule ruelle coincée entre deux grandes maisons, il y entrainant le plus jeune, fuyant la foule et s'adossant contre un des murs. Plongeant son regard dans celui de son frère, il y vit les larmes que lui-même retenait en son cœur.

« On est pas comme eux, hein ? » murmura-t-il.

La gorge nouée, Chris secoua simplement la tête, son front allant doucement se poser contre celui de Raän alors que celui-ci appuyait son corps contre le sien.

« Tu crois que c'est grave ? Que c'est pour ça que … Qu'ils nous ont pas gardés ? »

Les yeux de l'aîné se fermèrent douloureusement à cette pensée.

Il avait toujours supposé qu'on l'avait rejeté pour ce qu'il était : une créature mi-louve mi-humaine, un monstre d'aberration. Mais jamais l'idée d'être rejeté pour ce lien si particulier, si spécial qu'il avait avec son frère ne lui avait traversé l'esprit.
On l'aurait abandonné à cause de ce qu'il avait de plus cher au monde ? On l'aurait abandonné pour avoir séparé son frère en deux, pour s'être approprié son image ?

Il sentit la main tremblotante de son frère se poser sur son avant-bras, et il releva les yeux pour les plonger dans ceux de son double.

« Peu importe, » souffla-t-il, la gorge serrée. « On est comme on est. Ils pourront nous maudire autant qu'ils le voudront ; ça au moins, ils ne pourront jamais nous l'enlever … »

Raän acquiesça énergiquement, les lèvres closes, les larmes retenues par ses paupières. Il y avait autre chose que personne ne pourrait jamais leur offrir …

« On sera toujours ensembles, hein ? » » fit-il d'une voix étouffée. « Promis ? » »

Chris eut alors un véritable sourire, lâchant la main frêle de son frère pour le prendre dans ses bras, enroulant ses bras autour du cou mince, plongeant son visage dans la nuque étroite.

« Promis. On est ensembles dans cette histoire, et on le restera toujours. »

Il le relâcha et, le gardant plus que sa main autour de celle de son double, il lui sourit de nouveau.

« Tu es tout ce que j'ai, Raän. »




Tarkh ne les rejoignit qu'après un long moment, son panier vidé de sculptures et une bourse de cuir remplie d'edas à la ceinture.

« Tout va bien ? » demanda-t-il immédiatement en voyant leurs mines abattues.

Aucun des deux garous ne répondit, et le vieil ermite comprit qu'il n'obtiendrait aucune explications avant leur retour dans la forêt. Acquiesçant, il posa une main réconfortante sur les épaules des deux garçons, avant de leur offrir un large sourire.

« Venez, je vais vous montrer ce qu'ils appellent « le marché ». »

Les trainant entre les établis, il leur expliqua le principe du marchandage, des échanges, des avantages à vivre dans la société des Hommes. Utilisant les edas de la vente de ses sculptures, il leur acheta à chacun une tenue supplémentaire, ainsi que deux ou trois accessoires du quotidien et des aliments qu'ils ne pourraient pas trouver en forêt.

Quittant les rues du village, il les conduisit vers les champs les plus proches, saluant les quelques villageois leur lançant des regards intrigués à mesure que les deux garçons courraient entre les brins de blé, chahutant avec bonne humeur.

Levant les yeux vers le ciel dégagé, Tarkh eut un nouveau sourire. Le soleil entamait sa course vers l'horizon ; il leur restait encore quelques heures avant qu'il ne l'atteigne.

Son regard se reporta sur les deux garçons s'amusant plus loin.
Raän et Christyän avaient été abandonnés si jeunes, et pourtant ils étaient en mesure de parler correctement, d'avoir un raisonnement logique complexe et d'apprécier leur environnement d'une façon bien plus élaborée que l'éternel nourriture–abris–danger qu'avaient les animaux.

Et pourtant, ils disaient n'avoir jamais échangé avec d'autres humains.
Raän lui avait vaguement expliqué qu'il leur était arrivé d'entendre les discussions d'aventuriers campant dans les bois, ou bien d'elfes discutant avec la nature.
Mais cela ne pouvait pas avoir suffi pour arriver à leur niveau.

Il avait toujours été un érudit, plongé dans les livres et en apprenant autant sur le monde qu'il le pouvait. Ses vieux amis les elfes lui avaient parlé des capacités des animaux sauvages ; comment un louveteau reconnait instantanément la voix de sa mère dès la naissance ; comment il la comprend, malgré sa jeunesse, comment il se laisse guider entièrement par son odeur, sa voix, sa présence jusqu'à ses deux mois, avant d'enfin devenir plus indépendant, plus dynamique …
Peut-être était-ce ce qui leur était arrivé ? Peut-être les deux garçons, alors encore nouveaux-nés, avaient-ils inconsciemment intégré le savoir du langage grâce à leurs parents ?

En grandissant seuls dans la forêts, ils avaient apprit à réutiliser ce savoir, réactivé par les voix humaines ou elfiques dans les bois.

En sortant ainsi de la forêt, Chris et Raän affrontaient une liberté qu'ils ne semblaient pas vouloir. Tarkh pouvait tout à fait comprendre l'aversion de l'aîné pour les humains si, dès le plus jeune âge, il avait été en mesure de comprendre ses parents.
Pire encore, avait-il assisté à leur discussion, lorsqu'ils avaient parlé de les abandonner ? Avait-il supplié sa mère de les garder près d'elle ; avait-il couiné sans fins ; avait-il pleuré, sa conscience humaine enfermée dans sa jeunesse, sa conscience lupine trop éveillée dans sa maturité ?

Les Hommes avaient planté la graine de la tristesse. L'instinct avait fait le reste, transformant la douleur en sentiment de trahison, puis en colère, puis en haine …
Voilà comment ils avaient survécu, toutes ces années.
Christyän s'était battu avec férocité pour les garder en vie, pour prouver à ses parents qu'ils étaient capables de survivre sans leur aide, sans l'aide des Hommes, sans l'aide de ces lâches incapables d'élever un bébé et, pire encore, incapable d'abréger sa vie, souhaitant laisser les bêtes sauvages de la forêt le faire pour eux.
Mais malheureusement pour eux, c'était précisément ces bêtes sauvages-là qu'ils avaient décidé d'abandonner.

Raän était pour Christyän une bouée de sauvetage, une ancre à laquelle s'attacher quand sa haine forçait ses barrières, quand la douleur des souvenirs était trop forte, quand il sentait qu'il allait lâcher prise.
Raän si doux, si affectueux, si fraternel … et pourtant si fragile.

En leur apprenant la vie de la société des Hommes, Tarkh savait qu'il leur offrait la liberté. Il leur offrait la liberté de pouvoir choisir entre rester des loups, devenir humains, ou mieux encore, apprendre à cohabiter entre les deux, de façon totale et profonde.
Comme de vrais garous.


Dernière édition par Christyän Maät le Jeu 2 Juil - 1:08, édité 13 fois
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MessageSujet: Re: House of Wolves   Mar 16 Juil - 6:15


La vie en ermite, perdu dans la forêt, à vivre seul dans une grotte isolée de toute civilisation n'avait jamais été le plus grand rêve de Tarkh.

Il était un temps où il avait un rôle dans la société humaine. Il était un temps où les gens l'appelaient Tarkh Gressen le Sage, l’Érudit, le Savant … Il était un temps où « vivre » avait peu de sens à ses yeux.
La « vie » était trop simple, trop fade, trop dénuée de sens et d'intérêt si l'on ne cherchait pas à en connaître les travers, les secrets, les tournants impossibles … La « vie » à la ville était déjà beaucoup plus intéressante que la « vie » au village qui l'avait vu naître.
Perdu dans les immenses rayons de la bibliothèque de la capitale, Tarkh Gressen s'était laissé envoûter par les mythes et les légendes, par les parchemins soi-disant scientifiques décrivant des créatures anciennes à ce jour disparues … Il s'était laissé prendre au jeu des innombrables livres contant les aventures de peuples trépassés, décrivant les paysages des terres entourant Edälia – d'autres royaumes, certains tout aussi prospères que le Royaume de la Magie, s'il en croyait les écrits.

Lorsqu'il avait atteint ses trente-cinq ans, il s'était enfin décidé à explorer le monde. Ces écrits semblaient faux, exagérés, peut-être même inventés … Il lui fallait savoir. C'était là toute son obsession : savoir et profiter.

Alors il avait voyagé. Il avait voyagé longtemps, franchissant les frontières des royaumes de façon détournée, passant par la mer ou bien coupant à travers les forêts et émergeant pendant la nuit …
Il y avait vu les dégâts de la guerre contre les Démons. Il y avait vu la misère profonde, la mort, la souffrance. Il y avait vu le désespoir ; là où les inyädrisiens mourraient de faim dans les petits villages asséchés par le soleil vif, les nobles de la capitale jetaient leur surplus de réserves à la mer, pour le simple plaisir d'admirer les poissons multicolores qui tentaient d'en dérober leur part.
Il y avait vu les abus de la magie. Des individus ne contrôlant par leur don, le craignant ou ne le comprenant pas ; des personnes profondément égoïstes s'en servant à mauvais escient, brûlant des villages par vengeance, volant des sommes immondes … D'autres encore blâmaient la magie pour les malheurs qui leur tombaient dessus, prenant pour cible et victime de pauvres individus, pourtant si exceptionnels …

Comment le monde était-il devenu si hideux ? Comment Rëvalïa avait-elle plongé si profondément dans le chaos, dans l'inégalité assassine ? Comment ce monde qui l'avait vu naître, qu'il avait cru si simple, si ennuyeux, pouvait-il se dévoiler si sombre et compliqué ?

Après dix ans de voyage, le vieil homme qu'il était en avait eu assez. Il voulait fuir cette misère, fuir ces atrocités qui peuplaient le monde.
Il voulait se retrouver seul, ne dépendre de personne, effacer ses dettes jusqu'à la preuve même de son existence.

Il trouva refuge au fond de la forêt elfique. Il s'installa dans une grotte libre, l'aménageant à sa façon, utilisant ce savoir qu'il avait recueilli durant toutes ces années. Il apprit à chasser, à pêcher dans le ruisseau qui longeait la bute près de son domaine. Il se remémora ses études, ses jours entiers passés le nez dans les pages jaunies des livres de la bibliothèque ; il reconnu les plantes les plus rares, les plus dangereuses, les comestibles et les plus utiles.
Il apprit à vivre, de la manière la plus simple, la moins égoïste, la plus naturelle possible.

Il se lia d'amitié avec le peuple elfique, sauvant l'un des leurs, et peu à peu, ils s'entraidèrent mutuellement.

Après des années à vivre seul dans la forêt, au pied de la montagne isolée, quelle avait été sa surprise en tombant sur deux loups ! Des changeurs comme les livres les appelaient, des loup-garous quasiment identiques : deux frères vivant seuls dans la forêt, abandonnés par leurs parents.
Et Tarkh Gressen le Sage, qui n'était plus connu que comme Tarkh depuis près de vingt-trois ans, décida que sa vie solitaire s'arrêtait là.

Les deux enfants devinrent les siens, conservant leur nature sauvage, leur instinct primaire, mais suivant ses conseils et ses cours, apprenant peu à peu à devenir plus humains à ses côtés. Il les avait vu grandir, l'un doux et attentif, l'autre impétueux et provocateur, mais chacun si attaché à l'autre que c'en était inquiétant pour eux.
Qu'arriverait-il s'il arrivait le moindre malheur à l'un d'eux ?

Tarkh les regarda grandir avec émotion. Il assista à leur évolution dans la forêt, à leur apprentissage de la vie humaine. Il assista à la révélation du plus jeune. Raän adorait apprendre, posait sans cesse des centaines de questions sur la vie, la magie, la terre, les hommes, le monde … Sous son caractère apaisé et timide, Raän possédait un cœur des plus puissants, une empathie qui l'amenait à réellement comprendre le monde qui l'entourait, à le voir tel qu'il était, et non tel que son frère souhaitait le voir …

Plus particulièrement, il assista avec stupeur à la révélation du statut d'alpha de Christyän. Son loup intérieur était né pour être chef, il était un leader naturel, puissant et imposant, confiant et protecteur.
Dès lors, la fratrie devint une meute, et le lien qui les unissait ne s'en vit que renforcé. Faisant la rencontre d'une meute voisine, les jumeaux apprirent à connaître leurs semblables, à nouer des relations, à passer des accords concernant leur territoire.

N'étant que deux, ils avaient besoin de moins d'espace vital que la meute plus imposante ; aussi, en échange d'un pacte de non-agression, – le vieil homme n'avait pu l'expliquer autrement – Christyän acceptait de ne pas chercher à étendre son territoire. Celui-ci s'étendait désormais de la montagne isolée à la première falaise de roche grise, encore couverte par les feuillages denses des arbres des profondeurs de la forêt, longeait la rivière pour s'arrêter à quelques dizaines de kilomètres des portes de la cité elfique …

Parfois, les deux frères disparaissaient pendant des jours, puis revenaient avec des proies plus étranges les unes que les autres, revenaient avec des histoires et des étoiles pleins les yeux, ravis d'avoir pu explorer leur territoire, d'avoir pu découvrir de nouveaux animaux, de nouvelles terres …
Ces garçons étaient comme les siens, et Tarkh, en cœur de bon père, ne pouvait qu'être infiniment fier de ce qu'ils étaient devenus.



Sortant de la grotte lui servant d'habitat depuis bientôt trente ans, le vieil homme observa ses fils adoptifs se taquiner, assis devant le feu rougeoyant sur lequel cuisaient lentement leurs prises de la journée.

La lueur de profond bonheur qui brillait sans cesse dans leurs yeux depuis plusieurs années, aussi bien pour Raän que pour Christyän, ne cessait de l'émouvoir. Eux qui avaient été si fragiles lorsqu'il les avait trouvé, eux qui s'étaient battu toute leur vie, persuadés de n'avoir de place nulle part au côté de leurs semblables, avaient à présent une maison bien à eux, une famille et un savoir encré au plus profond de leur esprit.
Ces petits-là iraient loin dans leur vie, s'ils s'en donnaient les moyens.

Il observa Christyän, à présent adolescent, mais pleinement adulte pour sa forme lupine, dérober un morceau de viande à son frère et s'enfuir dans la forêt sur ses quatre pattes, ses vêtements retombant au sol derrière lui. Son frère éclata de rire et, sans se retenir, fila à sa suite.

Courir devait être leur activité préférée, à ces deux-là …

Cela faisait déjà huit ans qu'ils vivaient avec lui. Huit ans de bonheur, de rires et de sourires de plus en plus prononcés – même de la part de Chris, qui avait été le plus retissant à sa présence.

Comme il aurait aimé faire de même. Comme il aurait aimé pouvoir courir ainsi après eux, une dernière fois …



Christyän revenait d'une longue nuit de chasse lorsqu'il le trouva.

Raän était resté légèrement en arrière, surveillant les alentours de la tanière, s'assurant qu'aucune bête féroce ne les ait suivi par inadvertance.
Tous deux étaient épuisés, mais ravis de leurs prises et de leur virée nocturne.

Chris pénétra dans la grotte à peine éclairée par les premiers rayons de soleil. Le vieil homme était assit dans une des chaises qu'il avait lui-même taillées, un de ses innombrables livres en parchemin jauni ouvert sur les genoux, la tête renversée en arrière sur le dossier de la chaise.

La première pensée de Chris fut : // Il a dû veiller toute la nuit pour nous attendre … //

Un léger sourire au lèvres à la réalisation que cet homme les aimait réellement comme des fils, il posa une main sur l'épaule de Tarkh et le secoua doucement pour le réveiller.

« Debout, Tarkh, » fit-il. « Tu vas avoir mal au cou si tu dors comme ça. »

Mais l'homme n'ouvrit pas les yeux, lui qui était pourtant si vif et avait un sommeil si léger habituellement.
Une petite voix dans la tête de Chris lui souffla alors des mots cruels et pleins de désespoirs, et il sentit son estomac se nouer.

« Tarkh, » répéta-t-il. « On a du gibier pour ce soir. »

Sa main alla entourer celle de son tuteur, et il se figea brusquement lorsque ses peurs se confirmèrent.

La main était froide et terriblement rigide autour du bord du livre. Ses yeux s'écarquillèrent alors que son cœur accélérait, que sa respiration se faisait difficile et que sa gorge se nouait.

« Raän, » appela-t-il doucement, sous le choc. N'obtenant pas de réponse, il recommença, plus fort : « Raän ! »

La tête de son frère apparu dans l'ouverture de l'entrée de leur tanière, une mine irritée imprimée sur son visage : « Quoi ?! »

Mais n'entendant pas son frère répondre, il le rejoignit, avant de se figer également.

« Il est … »

Baissant la tête, Chris acquiesça. Il entendit le souffle de son frère se couper, sa respiration s'accélérer, et les premiers sanglots silencieux ne mirent pas beaucoup de temps à venir.
Raän avait toujours été plus sensible que lui, et surtout plus proche du vieil homme …

L'aîné se releva, et ils s'enlacèrent, chacun pleurant la perte de leur père à sa façon, les larmes de Raän coulant dans le cou de l'alpha, les poings de Chris serrés sur la tunique de lin du plus jeune.

Ils étaient une fois de plus orphelins, à quatorze ans.



Chris avait laissé la tanière à Raän. Le deuil était une expérience lourde et difficile, pour eux qui n'avaient jamais réellement perdu personne jusqu'à présent.

Prétextant le besoin d'être seul, il était parti dans les bois, ses quatre pattes foulant le sol silencieusement, un baluchon de vêtements se balançant au gré des secousses en travers de son dos.

Leur père adoptif méritait un enterrement qui soit digne de lui, de ce qu'il avait apporté à la forêt, au monde … Alors Christyän avait pensé à une vieille histoire que l'homme aimait raconter.

Durant ses premières années à Astraël, Tarkh avait sauvé un jeune elfe des griffes d'un ours noir. Les années passant, ils étaient restés amis, l'elfe ayant fait l'honneur à l'humain de visiter la magnifique cité elfique et lui enseignant quelques secrets de la forêt que nul Homme ne saurait deviner seul.

Bien que vingt-cinq ans aient passés depuis, Chris croyait en la loyauté de Tarkh, et il était certain qu'il avait gardé le contacte toutes ces années.

À quelques kilomètres de la frontière avec le territoire elfique, Christyän quitta sa forme animale pour reprendre son apparence humaine. Il fouilla un instant dans son petit baluchon, en sorti sa tunique de lin et son pantalon en cuir de khaling et s'habilla.
S'il devait se présenter aux elfes, il lui fallait être correctement vêtu.

Il marcha les quelques kilomètres qui le séparaient de sa destination, et arriva enfin devant les immenses portes en lianes entrecroisées qui fixaient la limite de la grande cité elfique.

« Halte! »

À peine avait-il frôlé le bois des gigantesques portes que trois gardes atterrirent au sol, sautant de leur perchoir dans les arbres, et l'arrêtèrent.

« Je souhaiterais rencontrer Athon Dorielior, » expliqua-t-il lorsqu'on lui demanda ce qu'il faisait là.

L'un des trois elfes éclata de rire, lui intimant de faire demi-tour.

« Il faut que je parle à Athon Dorielior, » répéta-t-il en gardant son calme.

« Tu ne pourras pas lui parler aussi simplement, » répondit le second garde.

« Il le faut. J'ai une triste nouvelle à lui annoncer. »

« Que lui veux-tu ? » demanda le troisième, plus doucement.

Christyän inspira profondément, puis lâcha : « Son ami Tarkh, à qui il doit la vie, est mort hier. »

Le dernier garde fronça les sourcils, puis grimpa rapidement à un des arbres et pénétra dans la cité.

Après plusieurs dizaines de minutes à attendre, Chris abandonna presque, tournant le dos à l'immense porte. Mais celle-ci s'ouvrit soudain derrière lui, et le troisième garde en sorti, lui faisant signe de la main de le suivre.
Les deux autres le regardèrent passer les portes de la cité royale des elfes, perplexe.

Ils n'échangèrent pas un mot tout le long du trajet depuis les bas quartier de la ville jusqu'au palais royal, et Christyän écarquilla les yeux en comprenant où il était mené.

« Athon Dorielior est-il membre de la famille royale ? » demanda-t-il à son guide, abasourdi.

L'elfe rit doucement et secoua la tête : « Es-tu venu jusqu'ici sans même le connaître ? » Lorsque Chris ne répondit pas, il continua : « Athon fait partie de la garde royale. Mais ce qui en fait une personne extrêmement respectée, c'est son statut de garde personnel de notre Grande Prêtresse de la Lune, Dame Caliel. »

Le loup-garou s'immobilisa à cette annonce. Son tuteur avait-il réellement sauvé la vie d'un tel elfe ?! Il avait été élevé avec les croyances elfiques et le respect profond pour la Lune et ses prouesses. Le savoir de Tarkh venait-il de là ?

Ils pénétrèrent dans un bâtiment que Chris compris être un temple immaculé. Le garde s'arrêta alors devant une magnifique porte sculptée en bois blanc, et frappa trois coups. Une voix lui intima d'entrer, et il ouvrit la porte, invitant Christyän à la franchir d'un geste de la main, avant de refermer la porte derrière lui.

Christyän, trop choqué de la situation, resta un instant le regard fixé sur la porte close.

« Je te rejoindrais lorsque tu auras fini, » murmura une voix claire et douce.

Le loup-garou se retourna, et il n'eut que le temps de voir un voile blanc-bleuté disparaître derrière un mur.
Au centre de la pièce, debout à côté d'une table en pierre polie, se trouvait un elfe aux épaules solides, à la chevelure si claire qu'elle en paraissait blanche et aux yeux grisés. Mais ce qui frappa Christyän fut l'horrible cicatrice blanche qui déchirait la gorge de l'elfe dans le sens de la hauteur, couvrant sa pomme d'Adam et remontant jusqu'à son menton.

L'elfe lui fit signe d'avancer, lui montrant une chaise face à lui.

« Entre, garçon. Lümoen m'a rapporté une atroce nouvelle. »

Et le loup, pourtant bête sauvage, pourtant chasseur invétéré, pourtant prédateur sans peur, s'avança ver l'elfe, profondément intimidé.
Face à lui, il se trouvait si jeune, si inexpérimenté, si incapable … Face à lui, il se sentait comme privé de toute connaissance, comme si l'elfe, par sa seule nature d'immortel, aspirait toute la gloire et toute la confiance de la pièce.

« Est-ce vrai ? » demanda-t-il. « Tarkh Gressen est-il vraiment mort ? »

Christyän déglutit, entendant pour la toute première fois le nom de famille de son tuteur qu'il avait toujours refusé de leur donner, puis acquiesça.

« Mon frère et moi l'avons trouvé froid et rigide hier matin, en rentrant de la chasse. »

« « Ton frère et toi » ? » répéta-t-il. « Qui es-tu ? »

« Je m'appelle Christyän, et mon frère se nomme Raän. Tarkh nous a élevé durant sept ans. »

Une lueur de compréhension sembla naître dans les yeux gris de l'elfe, et un doux sourire se peignit sur ses lèvres.

« Oh. Je comprends mieux. Il parlait sans cesse de ses « louveteaux » … »

La gorge du loup-garou se serra, heureux au fond de lui que son tuteur ait parlé d'eux à quelqu'un d'autre.

Les deux enfants de la forêt discutèrent un moment ainsi, Christyän toujours un peu mal à l'aise, Athon gardant son attitude aérienne et calme.
Lorsqu'il fut temps pour Chris de rentrer auprès de son frère, il se tourna une dernière fois vers l'elfe.

« Nous comptons l'enterrer demain soir, » dit-il. « Je pense que ça lui aurait fait plaisir de vous savoir présent à ses côtés une dernière fois. »

L'elfe leva un regard attristé vers lui, et acquiesça.



Le lendemain, alors que le soleil était encore haut dans le ciel, ce ne fut pas Athon seul que Christyän et Maät virent arriver.

Le garde royal était accompagné de quatre autres elfes vêtus d'une robe de cérémonie d'un gris clair éclatant, à l'image de la Lune.
Raän sembla comprendre sur l'instant, et laissa échapper une exclamation de surprise.

« La Grande Prêtresse de la Lune a accordé à notre ami une cérémonie d'adieu, souhaitant lui remettre la bénédiction de la Lune avant son départ vers les terres éternelles, » annonça Athon après les avoir salués.

Les loup-garous donnèrent immédiatement leur accord. Leur tuteur méritait un tel honneur …

Les elfes transportèrent le corps du vieil ermite après l'avoir enroulé dans un linceul de lianes. Les deux loups suivirent les elfes jusqu'à quelques kilomètres de Lunälis, où une immense clairière trônait telle une apparition en plein cœur de la forêt.

La cérémonie fut grandiose, et ils profitèrent même des dernières lueurs du soleil couchant.

Les deux loups regardèrent leur père adoptif disparaître sous les lianes et la roche à mesure qu'un elfe manipulant manifestement la magie de la Terre l'y enfouissait, formant des arabesques et des runes elfiques sur la tombe fraîche.
Une jeune femme aux cheveux blancs immaculés et aux yeux bleu-saphir entièrement vêtue de blanc prononça quelques mots, et les runes semblèrent s'illuminer alors que la Lune montait peu à peu dans le ciel.

L'Alpha savait combien cette cérémonie était un honneur pour Tarkh. Il savait combien elle était sacrée pour les elfes. Le fait qu'un humain en bénéficie, qu'un humain reçoive la bénédiction de la Lune par la Grande Prêtresse de la Lune elle-même, c'était un événement aussi rare qu'exceptionnel. Certains elfes ne recevaient pas une telle sépulture …

Serré contre lui, Raän sanglotait contre son épaule. Déposant un baiser sur son front en signe de soutien, il se détacha de lui et se transforma en loup.
Il n'avait jamais eu honte de ce qu'il était. Et les elfes avaient toujours été plus sensibles à la douleur des créatures de la Lune qu'à celle des humains … Ses vêtements tombant au sol autour de lui, il leva le museau au ciel et poussa un hurlement profond, faisant ressortir toute sa douleur.

Son frère se joignit bientôt à lui. Chris se dressa alors de toute sa hauteur sur ses quatre pattes, rendant un dernier hommage à son père adoptif. Il avait fait d'eux des humains respectables, et des loups puissants et confiants.
Au loin, un loup hurla à la mort, et le jeune homme se demanda un instant si les autres meutes pouvaient comprendre sa peine. Lorsque d’autres hurlements retentirent, il comprit que c'était le cas.

Lorsque tout fut fini, et que les runes continuèrent de briller sur la tombe à la lueur de la Lune, les elfes se retirèrent. Les loup-garous retrouvèrent leur forme humaine et se rhabillèrent en silence, le cœur gros.
Chris vit alors la Grande Prêtresse déposer un baiser sur la joue d'Athon avant de suivre son peuple vers la cité elfique, et il comprit d'où venait le miracle auquel ils venaient d'assister.

Le garde royal s'approcha d'eux.

« Il est de coutume d'offrir un dernier cadeau au défunt, afin qu'il parte en paix et comblé, » dit-il aux deux garçons. « Mais Tarkh Gressen n'a jamais été matérialiste. Je pense que vous en aurez une plus grande utilité. »

Il sortit de sous sa tunique une dague à la lame forgée, gravée et embellie de runes elfiques, au pommeau renforcé de cuir. La lumière de la Lune s'y refléta un instant, et Christyän se demanda qui avait bien pu être Tarkh pour connaître un tel guerrier.
La dague était sans aucun doute l’œuvre d'un forgeron elfique, et il était bien connu dans tout Rëvalïa qu'ils étaient les meilleurs de la profession.

« Tarkh me l'a demandée il y a quelques années, » murmura-t-il. « Une telle œuvre ne se forge pas en deux jours. »

Il tendit l’arme magnifique à Christyän, qui jeta un coup d'oeil interrogateur à son frère. Ce dernier acquiesça. Raän n'avait jamais vraiment aimé la violence ; une dague ne lui conviendrait pas. Pour Chris, cependant, elle serait parfaite.

Le loup la prit entre ses doigts, prenant garde au tranchant, et referma son poing sur le pommeau.

« Merci. Elle est magnifique. »

« Prenez garde à vous, louveteaux. Si vous avez besoin de mes services, je serais heureux de vous venir en aide. Ma dette envers Tarkh Gressen est éternelle, et sa mort ne fait que reporter cette dette sur ses enfants. »


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MessageSujet: Re: House of Wolves   Mar 16 Juil - 6:17


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MessageSujet: Re: House of Wolves   Mar 16 Juil - 6:18


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MessageSujet: Re: House of Wolves   Mar 16 Juil - 6:24


Prostré dans la caverne de Tarkh, recroquevillé contre une paroi, ses mains – restées humaines depuis l'incident – accrochées au tissu de ses bas en une vaine tentative de réconfort, Christyän fini par se remettre de ses blessures.
Si la griffure de son ventre s'était rapidement refermée, sa tête le faisait encore parfois tourner au point où il en perdait les plus basiques repaires, et par là-même son équilibre. La frustration, le chagrin n'aidèrent pas à sa guérison ; l'angoisse qui l'envahissait à la simple pensée que son frère puisse être en vie, en danger quelque part, suffisait à raviver les douleurs de ses blessures et compliquaient le processus de régénération de son corps.

Les larmes furent difficiles à sécher. Elles laissèrent des sillons grisâtres sur ses joues bronzées durant des jours, et lorsqu'enfin il releva les yeux vers le monde extérieur, ceux-ci avaient perdu leur lueur d'enfance, cet éclair plein de jeunesse qui autrefois avait fait leur charme.

Il se redressa dans le noir de la grotte, et du pas tremblant du convalescent, s'avança vers l'entrée. Au loin, le soleil fit son apparition à l'horizon, à peine dissimulé par les arbres en contre-bas. Chris balaya les alentours de la petite caverne d'un regard désespéré. Tous ses repères, tout son monde s'était évaporé en une nuit.
Les images des quinze dernières années semblaient passer en boucle dans sa tête. Il se souvenait de chaque détail, du premier coup d'œil accordé à sa moitié, alors même qu'ils se trouvaient encore dans la couche ensanglantée de leur mère, jusqu'à la sensation de son corps contre le sien, boudiné au creux des immenses branches de chêne que comportait la Forêt, la nuit de l'attaque …
Ce jumeau avec qui il avait tout partagé, pour qui il avait tout risqué, envers qui il s'était engagé dès leur naissance n'était plus là. Peut-être même « n'était plus » … Son cœur lacéré lui envoya une nouvelle vague douloureuse à cette pensée.
Si Raän était mort …
Si Raän était mort, qu'adviendrait-il de Christyän, dont le seul but avait toujours été de protéger son frère ?
Si Raän était mort, qu'adviendrait-il de l'Alpha, du Loup qui sommeillait au fond de l'aîné des deux frères, dont la seule raison d'être avait toujours été de veiller sur sa meute – désormais inexistante ? Chris pouvait déjà l'entendre hurler à la mort en son cœur, et le sentir verser des larmes silencieuses dans son esprit.

Et lorsqu'un rayon de soleil atteint le visage défait de Chris, le désespoir fit alors place à la détermination.
Son frère, son double, sa moitié – sa meute toute entière avait disparu, et son cœur, ses tripes et ses instincts tous ensembles se liaient pour le pousser à aller le chercher.
Et il le ferait.
Il le retrouverait, où qu'il soit, dût-il traverser le continent entier ! Il le retrouverait, dût-il ramener un cadavre gelé ou un corps plein de vie.

S'aidant des parois de la caverne pour se déplacer, il rassembla quelques affaires dans un sac de cuir tanné – le dernier confectionné par Tarkh.
Il commencerait par chercher dans les alentours, suivant la trace sûrement froide depuis des jours des Démons ayant enlevé son frère. S'il ne trouvait rien, si la piste menait à un cul-de-sac, alors il enquêterait. Il parcourrait la Forêt Astraël toute entière, jusqu'à la Forêt Profonde s'il le fallait. Il retournerait les Plaines alentours, les Marécages Abandonnés, le Bois Sacré à l'Ouest jusqu'aux montagnes du Nord …

Et dès le lendemain, il s'y attela. Des semaines durant, il parcouru la forêt sous sa forme canine, quadrillant son territoire, cherchant et pistant la trace de ses assaillants. Lorsque cela se montra vain, il traversa la frontière de son territoire et alla trouver la meute voisine. Dans le langage restreint des loups, il leur expliqua la situation.
Le couple Alpha, fort heureusement toujours le même que lors de leurs accords territoriaux, comprit la gravité de la situation ; la perte de l'un des leurs était toujours tragique, alors que dire lorsqu'un individu représentait la meute entière ?

Mais malgré cette aide supplémentaire, leur quête resta sans dénouement.

Au sein de la Forêt, différents peuples cohabitaient pourtant. Au bout de plusieurs semaines de recherche active, Christyän reprit son apparence humaine. Le sac du vieil ermite passé en bandoulière dans son dos, des habits et une hygiène décents revêtus, il se mit en quête d'autres anciens alliés. Conscient de l'effronterie de son attitude, il se présenta pourtant aux portes de Lunälis, la cité elfique.
Une fois de plus, il fit appel à Athon, le vieil ami de son défunt tuteur.

Christyän lui raconta alors ses dernières semaines. Non-seulement les démons les avaient-ils attaqués en pleine nuit, mais en plus étaient-ils organisés comme un véritable bataillon – qui plus est, ils avaient pris un prisonnier. En somme, ces créatures étaient intelligentes, organisées et potentiellement dangereuses pour la tranquillité de la Forêt.
L'elfe l'aida du mieux qu'il pu. Il forma des groupes de recherches composés de grands chasseurs, interrogea les animaux de la forêt … Mais personne ne semblait avoir vu Raän.

Plus d'une lune après la disparition de son jeune frère, il était toujours sans nouvelles. Au fur et à mesure que les jours défilaient, il lui semblait que les chances de le revoir en vie diminuaient d'autant plus – et avec elles, son espoir de revoir un jour son frère.

Dès qu'il le pouvait, il sommeillait dans la caverne de Tarkh dans le vain espoir que Raän, ayant réussi à s'échapper, l'y retrouverait. Et alors que les jours s'allongeaient, ses nuits semblaient plus sombres, plus noires encore que les nuits sans lune qu'ils avaient autrefois connu. Les cauchemars l'envahirent, lui rappelant en boucle la nuit fatidique, lui montrant image après image son inutilité, sa faiblesse. Puis ils empirèrent : Raän torturé par des démons, réduit à une masse sanguinolente incapable de la moindre pensée, brisé mentalement, détruit à jamais … Raän dévoré vivant par des monstres aux visages sombres, démembré, regardant impuissant et le visage tordu de larmes et de douleur ses entrailles lui être arrachées …

Puis vint le temps où il n'en pu plus.

Alors qu'il se réveillait d'un nouveau rêve en sueur, le cœur battant à tout rompre, le sang pulsant à ses tempes, il n'eut qu'une pensée : il lui fallait faire plus.
Peut-être ne pourrait-il jamais sauver Raän. Peut-être était-il déjà mort, peut-être ne l'était-il pas … Mais il se promit que quoi qu'il advienne, s'il ne pouvait le sauver, alors il ferait tout son possible pour le venger.

Christyän mit alors de côté cette fierté qui l'avait tant de fois protégé du monde des Hommes et, fouillant dans les dernières affaires de Tarkh à la lueur d'une bougie, il en sortit deux parchemins jaunis.
Lorsqu'il était encore en vie, le vieil homme avait fait des recherches, avait enquêté dans les villages environnants, posé des questions sur des jumeaux nés une dizaine d'années auparavant, et il avait fini par trouver les parents des deux jumeaux. Tarkh ne leur en avait jamais parlé, mais les documents que tenait Chris entre ses mains en étaient la preuve : il s'agissait de l'acte de naissance de Christyän et Raän Maät.

Le jeune homme prononça les noms à voix haute, savourant les sonorités alors qu'elles passaient sur sa langue. Il était si étrange de penser qu'il avait un nom de famille ! Là où les deux garous s'étaient toujours imaginés qu'ils se suffiraient à eux-seuls, l'aîné fut surprit de la douce chaleur qui l'envahit à la vue des parchemins : ils signifiaient que Raän et lui étaient définitivement connectés, non seulement par le sang, par le cœur, par l'instinct, mais aussi par le nom.

Il ferma les yeux en remerciant mentalement Tarkh pour tout ce qu'il avait fait pour eux. Sans même les connaître, sans prendre peur ni horreur de leur nature, il les avait accueilli, soignés, nourris, élevés comme ses propres fils. Il leur avait apprit à lire, à écrire, il leur avait apprit tout ce qu'il savait de l'Histoire du continent, des grandeurs du Monde extérieur, des légendes … Mais tout particulièrement, il leur avait parlé de la Magie.

Et ce simple mot, en traversant l'esprit de Christyän, fut le déclic qui sembla régler tous ses problèmes.
« Il existe une école, » Tarkh avait-il dit un jour. « Une école de magie, située au centre du Grand Lac de l'Ilaïde. Les plus grands magiciens du continent l'ont construite, et y offrent gratuitement l'enseignement de la Magie. Il s'agit de l'Académie d'Edälia. »

Et Christyän se rappela tout ce que la Magie pourrait lui permettre ; il se rappela l'influence des intellectuels et des savants, leurs connaissances, leurs liens et relations pouvant s'étendre jusqu'au delà du continent, leur permettant de récolter des informations, de rechercher n'importe quoi et n'importe qui …

Et Christyän su où ses pas le conduiraient ensuite.


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MessageSujet: Re: House of Wolves   Mar 16 Juil - 8:32


Un sac en cuir contenant toutes ses possessions balancé sur l’épaule gauche, Christyän Maät lança un dernier regard à la grotte qui lui servait de tanière depuis bientôt neuf ans. Les quelques meubles en bois avaient été poussés dans un coin de la “pièce” principale, et les fioles d’essences naturelles, expérimentations étranges de Tarkh, avaient été soigneusement rangées sur une des étagères taillée à même la roche grise.
Il n’avait pas l’intention de revenir avant d’avoir trouvé son frère.

Atteindre le village humain le plus proche, à près d’une demi-journée de marche, avait été plus facile qu’il ne l’aurait cru. Il s’était attendu à ressentir une aversion incontrôlable pour ce lieu qu’il n’avait jamais visité qu’en présence de Raän et de leur tuteur ; mais lorsqu’il avait foulé la terre du marché central, il n’avait rien ressenti de plus qu’un peu de nostalgie. Ça allait sans doute être la dernière fois qu’il se trouverait en ces lieux … Il tournait définitivement le dos à la forêt, à sa vie lupine, et se condamnait à une vie humaine et pleine de codes insensés.

Il lui fallu presque une semaine pour atteindre la capitale, et lorsque les portes d’Edalïs se dressèrent devant lui, il ne pu s’empêcher d’être impressionné par l’architecture. L’air de la grande ville, la masse de gens, d’odeurs et de saveurs s’élevant du port principal et du marché le fascinèrent immédiatement.
Comment les humains acceptaient-ils de vivre ainsi entassés dans des petites habitations, les unes sur les autres, sans aucun contact avec la nature ?

Les auberges et les tavernes, bien que fortement décontenançantes, se révélèrent être des lieux d’informations indispensables pour le jeune loup. Il y en apprit plus sur cette fameuse Académie, nouvellement fondée par un certain Oracle, et sur comment s’y rendre.
Les descriptions de magie élémentaire qu’il y entendit le firent doucement hausser les yeux ; les pauvres alarmistes qui criaient à la destruction de Rëvalïa n’avaient de toute évidence aucune idée de ce dont ils parlaient, et n’avaient sans doute même jamais vu une démonstration de magie élémentaire - non pas que Chris en ai été témoin, mais Tarkh leur avait assez enseigné la création des races pour qu’il en comprenne la dépendance aux éléments.

Atteindre le village côtier de Portua lui prit une semaine supplémentaire à pied. Il aurait sans doute pu y parvenir en moins de temps en louant un cheval, mais l’idée même de cette pratique purement humaine l’exaspérait.
Debout sur le ponton de bois, prêt à embarquer sur une des larges barques traversant la Mer Intérieure jusqu’à l’Île de l’Académie, il jeta un dernier regard derrière lui, la forêt au loin entièrement masquée par les maisons de bois du village. S’il montait dans ces barques, il s’engageait à vivre comme un humain “normal”, à passer tout son temps en compagnie d’humains, à dormir dans une pièce fermée, à supporter tout ce qu’il avait toujours détesté …
Son pied se leva, et d’un léger bond, il enjamba le ponton et atterri dans la barque, aux côtés de plusieurs autres jeunes personnes.



Une suite d’épreuves, une grotte sombre sur un des îlots environnants, une amulette aux tons verts et deux plongeons plus tard, et il se trouva réparti dans la Tour de la Terre.
Si cela ne le surprit pas le moins du monde, il ressentit une certaine fierté lorsque les deux directeurs le lui annoncèrent. Lui qui avait grandi dans la nature, étudier et apprendre à manier la magie de la Terre ne pouvait être qu’un avantage.

Sa première année se déroula non sans encombres. Si son objectif avait été d’accéder à la bibliothèque de l’Académie pour en apprendre plus sur ces Ombres, il fut rapidement déçu en n’y trouvant aucun information. Un ouvrage mentionnant le peuple des Démons sembla décrire un certain type de diables comme “maîtres des ombres et de l’obscurité”, mais il n’en apprit pas plus.
Frustré et agacé de la futilité de sa venue à l’Académie, son humeur se répercuta sur ses cours, et il se mit à éviter de s’y rendre, à ne plus vouloir apprendre.
Cependant, ses jours à l’Académie ne furent pas uniquement négatifs.

Plus particulièrement, il lui fut donné une bague en métal, ornée d’une pierre d’ambre. S’il lui fallu du temps à maîtriser son pouvoir, cette bague magique se trouva être l’élément qui le sauva. Artefact donné à chacun des élèves de première année, elle lui permis d’invoquer une incarnation complémentaire de son pouvoir, sous la forme d’un animal magique : un Gardien.
Son Gardien, à sa grande surprise, se trouva être un écureuil du nom de Saùl. Si celui-ci ne parlait pas, il restait cependant une compagnie et un soutien indispensable au loup-garou, à qui la forêt manquait terriblement.

Il rencontra nombre de personnes, se lia même avec certaines. Le tout premier à l'aborder fut un jeune homme de la Tour de l'Air du nom de Light Scarlet. Enjoué, amusant et entraînant, le jeune homme l'intrigua beaucoup au début, puis il en vient au fil des mois à l'apprécier énormément. Étant un des seuls représentant de la gente masculine dans la Tour de la Terre à cette époque-là, il ne se lia d'amitié quasiment qu'avec des jeunes filles. Parmi elles se trouvaient Enora Sundä ainsi que plusieurs autres garous, dont sa camarade Lunaen Isynia, une élève de la Tour du Feu nommée Nòlia Vragor et la jeune élève de l'Esprit Myrrh Soma. Il devint également ami avec une elfe du nom de Lucillda Nobody, et avec son Gardien, un petit lémurien du nom de Miolnir.

Ainsi, l’année de ses quinze ans fut aussi décevante pour lui qu’elle fut novatrice. Avec de nombreux efforts, il réussit à passer les examens de fin d’année et à être retenu pour la deuxième année d’Académie.
Et sans surprise, sa première destination lors des vacances scolaires fut de retourner dans la forêt.



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MessageSujet: Re: House of Wolves   Mar 16 Juil - 8:33


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MessageSujet: Re: House of Wolves   Mar 16 Juil - 8:34


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MessageSujet: Re: House of Wolves   Mer 17 Juil - 1:45


Christyän avait eu peine à se coucher, cette nuit-là.

Il n'avait pas été courir dans le petit bois depuis près d'une semaine, et l'énergie accumulée le rendait nerveux.

Aussi, lorsque l'alerte magique retentit dans toute l'Académie en pleine nuit, il n'avait eu que quelques heures de sommeil.
Sautant sur ses pieds en quelques secondes, il enfila son pantalon de lin alors que le message des directeurs retentissait dans le dortoir des garçons de la Tour de la Terre.

L'Académie était attaquée, envahit par des démons et des esprits maléfiques, apparemment. Des bandits avaient également profité de l'occasion pour pénétrer le château, et saccageaient ce qu'ils pouvaient trouver.
Il leur fallait quitter l'Académie, rejoindre les barques et la capitale.

En un instant, Chris était prêt. Son sac, jamais défait, était balancé sur son dos, et ses vêtements enfilés à la va-vite ne le gêneraient pas pour courir. Il tendit la main vers sa dague elfique, posée sur le rebord de la fenêtre près de son lit, avant de s'immobiliser lorsque son regard tomba sur le champ de bataille en bas de la Tour.
Il faisait encore bien nuit, mais la lueur de la Lune permettait à Chris d'y voir suffisamment clair pour distinguer les quelques corps qui s'empilaient déjà sur le sol, entre les professeurs tentant de défendre l'école et les brigands voulant la piller.

Christyän se précipita vers la porte, pressant ses camarades d'avancer, de laisser leurs affaires sur place s'il le fallait.
Si les bandits arrivaient jusqu'aux dortoirs, ils ne feraient qu'une bouchée des élèves …

Dans la salle commune, le dortoir des filles se vidait aussi rapidement que celui des garçons. Il croisa le regard paniqué et perdu de Miraïa, première année aussi chétive qu'elle n'était timide.

« Descendez dans le Grand Hall ! » cria-t-il aux élèves de première année qui courraient dans tous les sens. « Évacuez l'Académie ! »

Dévalant les escaliers, il soutenait un élève de la Terre encore un peu endormi, urgeant les autres à se précipiter vers la sortie. Pour que les directeurs demandent l'évacuation, la situation devait être particulièrement grave …

Mais en atteignant dans le Grand Hall, le loup-garou prit conscience de son erreur. Les bandits avaient déjà infiltré l'Académie, ils étaient entrés !
Les sorts élémentaires lancés par les professeurs encore debout fusaient à travers l'immense pièce, alors que bon nombre d'élèves courraient vers la Grande porte.

« Miraïa, baisse-toi ! » cria-t-il en faisant de même alors qu'un tourbillon de chaises et de bureaux brisés passait au-dessus de leur tête, heurtant un bandit.

Il rejoignit la jeune fille et la tira par la main vers la Grande Porte.

Non loin de lui, Lunaen, sous forme de tigre, enfonçait ses crocs dans le cou d'un de ses assaillants, avant de conduire elle aussi un petit groupe de jeunes filles de la Terre vers la sortie.

Miraïa poussa soudain un hurlement aiguë de terreur, et Christyän ne vit pas la dague du bandit s'enfoncer dans son flanc.

Un cri de douleur lui échappa, et il lâcha la main de Miraïa pour se jeter sur son assaillant, sa propre dague sortie. L'homme, ne s'attendant sûrement pas à une réponse de la part d'un simple élève, tomba au sol, la gorge transpercée.

« Cours ! » intima-t-il à sa jeune amie qui s'exécuta, les yeux écarquillés de terreur.

Les élèves des autres Tours se mêlaient à eux, et Chris vit avec soulagement ses amis s'enfuir vers les pontons, alors qu'il franchissait lui-même la Grande Porte.
Mais alors que tous courraient, Chris, blessé et ralentit, fit l'erreur de se retourner, jetant un dernier coup d’œil aux immenses Tours élémentaires.

Là, dans le dortoir des premières années de la Terre, deux garçons collaient leurs visages inquiets sur les vitres du cinquième étage.

// Mais quels idiots !! // pensa immédiatement Chris.

Sachant pertinemment qu'ils ne pourraient le voir ni l'entendre à une telle distance, surtout dans la foule se ruant vers les pontons.

Il fit immédiatement demi-tour, se frayant un chemin dans le sens inverse, évitant du mieux qu'il pu les bandits et les sorts fusant à droite, à gauche de lui.
Il entra dans l'académie en courant, le Grand Hall transformé en cimetière à ciel (presque) ouvert, les cadavres des bandits s'entassant alors que seuls quelques professeurs restaient sur pied.

Il vit du coup de l’œil le professeur d'élément Yuko, de l'Air, lui sembla-t-il, lui crier de s'enfuir, mais il se précipita vers les marches de la Tour de la Terre, ignorant le sang qu'il perdait, et ignorant sa douleur alors qu'il enjambait les marches quatre à quatre.

Il ouvrit la porte du dortoir des premières années à la volée, et eut la surprise de voir deux bandits se retourner violemment, l'un d'entre eux tenant encore un des garçons par les cheveux, alors que sa lame rougissait de son sang.
Le second garçon était recroquevillé juste à côté, les yeux écarquillés d'horreur et de terreur fixés sur le visage sans vie de son camarade, alors que le second bandit le menaçait de son épée.

Sans réfléchit, Chris se changea en loup et sauta à la gorge du second bandit, ses vêtements, sa dague et son sac retombant au sol derrière lui.
Ses crocs percèrent l'artère principale, provoquant une explosion de sang dans sa gueule, alors que l'homme était propulsé contre le mur derrière lui, juste au-dessus du garçon tremblant, sa nuque se brisant sous l'impacte.

Le garçon poussa un cri de détresse, et le premier bandit lâcha une injure puissante. Il lâcha la tête de sa victime, le corps retombant au sol dans un bruit mat, puis se précipita sur le loup-garou qui avait déjà lâché l'autre bandit.

La dague sortie, il tenta de le transpercer à son tour, mais Chris fut plus rapide. L'adrénaline lui fit oublier sa propre blessure, et il sauta sur le côté, se retrouvant juste devant le première année de la Terre dont il ignorait même le nom.
Il grogna, menaçant, et l'homme se jeta sur lui.

Chris donna un coup de griffe sur la main tenant la dague, et l'homme grimaça, déstabilisé une demi-seconde de trop : Chris redevenait humain l'instant d'après, lui arrachant la dague et la plantant dans sa gorge, lui arrachant un gémissement noyé sous le flot de sang.

Le garçon derrière lui poussa un nouveau cri de terreur alors que l'homme tombait au sol, tressautant encore.

« Lève-toi, » dit Chris au garçon en crachant le surplus de sang qu'il avait encore dans la bouche.

Il ramassa ses affaires, se rhabilla rapidement et ne manqua pas de récupérer son sac et sa dague. Voyant que le garçon n'avait pas bougé, il s'accroupit à côté du camarade sans vie, et lu ferma les paupières, avant de prendre le première année par le bras.

Ils ne semblaient pourtant pas avoir tant de différence d'âge que cela, alors comment pouvait-il être réduit à cette masse tremblante incapable de se défendre ?

Chris se redressa brutalement, entraînant le garçon avec lui et le forçant à se mettre sur ses jambes. Mais à cet instant, son regard passa une fois de plus par la fenêtre, et ses yeux s'écarquillèrent d'horreur.

La directrice, Poesy Celeb, défit d'un dernier sort son assaillant avant de tomber à son tour, inerte.
Il avait entendu les professeurs du Hall d'Entrée crier que le directeur était tombé, lui aussi …

Son sang ne fit qu'un tour.

Il traîna le garçon par le bras, dévalant l'escalier au plus vite, se précipitant vers la sortie.

Un autre bandit leur barra la route en bas des escaliers de la Tour, et Chris se précipita sur lui sans une hésitation, bien que la peur l'ait déjà envahit.
Le première année passa sur le côté et couru sans attendre vers la grande porte, qui se referma derrière lui dans un grand « CLAC ! » alors que la dague de Chris s'enfonçant dans le flanc de son agresseur.

Il ne le tua pas cette fois-ci, sa fatigue et sa blessure étant trop grandes, mais cela lui permis de lui échapper, et il se précipita à son tour vers la porte.

Mais lorsqu'il l'atteint enfin, la main tendue vers la poignée, une explosion retentit au loin, et il eut alors l'impression d'être happé dans une immense bulle sombre recouvrant l'Académie.



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MessageSujet: Re: House of Wolves   Mer 17 Juil - 1:47


Il ne remarque pas immédiatement le changement.

Sa main tendue tente toujours d'attraper ce qu'il reste de la poignée de la porte du Hall d'Entrée, ses jambes le portant comme elles porteraient un naufragé ayant aperçu un navire au loin : avec la force du désespoir.
Il est blessé, terrifié, il a froid, il a vu sa directrice s'éteindre, son directeur être abattu … Désormais, il n'a qu'une envie : s'assurer que ses amis soient saufs.

Il ne restait personne dans la Tour de la terre, il en est persuadé. Il y a veillé.
Mais qu'en est-il de ceux qui ont pu sortir ? Ont-ils été interceptés par leurs attaquants ? Sont-ils parvenus à s'enfuir jusqu'aux barques, puis à ramer jusqu'à la rive du Lac Intérieur ?

Mais sa main n'atteint jamais la poignée de l'immense porte de l'Académie. Elle se referme sur du vide, comme ses pieds cessent de marteler le sol dallé du Hall pour produire un son clair et sec, résonnant comme dans l'enceinte d'un théâtre de pierre.

Tout est noir, l'obscurité complète l'entoure, comme si quelqu'un – quelque chose, quelqu'Un, quelque Chose ? – avait soudainement matérialisé l'élément sombre et complexe qu'est l'Ombre, en ces lieux – en ces Ruines.

Mais il ne se laisse pas pour autant déstabiliser.

Il est un loup. Il connait ses sens.
Alors il ferme les yeux – devenus inutiles – et se laisse porter par son ouïe.

Et il entend.
Il entend des bruits de combat au loin, tout autour de lui, comme si un champ de bataille en forme de cerclé élargit s'était formé et l'avait volontairement entouré, lui coupant toute retraite possible, le forçant à entendre les sons cristallins du fer s'entre-choquant, des boucliers frappant les uns contre les autres, des corps tombant sous la marche des combattants, immédiatement remplacés par une nouvelle âme prête à se battre pour ses idéaux, pour sa vie …

// L'Académie est faite de Ruines, // se souvient-il alors. // Que reste-t-il pour se battre ? //

Entre les sorts fusant dans tous les sens et les Bandits prenant d'assaut le Bâtiment, il sait que l'école ne tiendra pas longtemps.

// Pas sans Poesy Celeb. Pas sans Milo Oracle … //

Il ne sait quel sort leur attaquant a lancé sur l'Académie, – un sort Sombre, un sort Dangereux, s'il tient compte du fait qu'il ne voit pas être où il pose les pieds – mais il est certain que si le directeur – le dernier directeur – n'a pu le contrer à l'heure qu'il est, alors il y a peu de chances pour qu'ils en sortent un jour …
Sauf peut-être si les Bandits s'attaquent à leurs corps ?

Qu'en sait-il ? Peut-être est-il debout au milieu des décombres de la Tour de la Terre, en cet instant. Peut-être est-il enfermé dans son propre esprit, laissant son enveloppe charnelle à la merci de la moindre lame …

// Comme si je n'étais pas déjà assez marqué par le fer ! // ne peut-il s'empêcher de penser en pressant son flanc sanguinolent avec une grimace de douleur.

L'homme qui l'a attaqué ne l'a pas loupé … Mais Chris ne lui a pas laissé le temps de planter son épée dans son cœur.

Soudain, les bruits de batailles se voient accompagnés de cris terrifiés, de suppliques chuchotées, de mouvements dans l'ombre, comme une succession de scènes diverses venant se greffer en un seul moment.

Il ne comprend pas.

Un cri inhumain résonne à sa droite, le faisant sursauter, se retourner et sortir sa dague d'un même geste.

Mais encore une fois, il ne voit rien. Tout est noir, et le cri ne fait que résonner, se dissipant lentement dans l'atmosphère.




Il fait un pas en avant, incertain, avant de se figer.

Sous ses pieds, une branche a craqué. Une branche morte, comme la brindille sèche venant troubler le repos du dormeur en pleine forêt.
Et alors qu'il se penche pour la ramasser, tenter de la sentir sous ses doigts, la lumière refait peu à peu surface – juste devant lui, à plusieurs dizaines de mètres, laissant le reste du monde dans le noir.

« Qui est là ?! » voudrait-il crier, mais il sait que c'est la chose la plus idiote à faire dans ces conditions …

Aussi, il se tait. Il se tait et il attend, sa dague à la main, prêt à changer de forme à la moindre menace, prêt à sauter à la gorge du moindre de ses assaillants …

Mais ce n'est pas un assaillant qui lui apparaît dans la lueur claire.

« Light ?! » s'écrit-il, choqué de retrouver son vieil ami.

Mais celui-ci ne répond pas. Immobile, il le fixe d'un regard absent, si bien que Chris finit par se demander s'il peut réellement le voir.
Est-il seulement réel ?

Avant qu'il n'ait pu ouvrir de nouveau les lèvres, l'élève de l'Air avec qui il a tant partagé se retourne, arme à la main, et pare une attaque invisible. Tombant à la renverse, il lève la main vers son assaillant imaginaire, avant de se relever plus lentement.

« Light ! » l'appelle Christyän, mettant ses mains en enceinte.

Cette fois-ci, le jeune homme réagit et, se tournant vers le loup-garou, se met à courir vers lui avec une expression paniquée.

« Ça va, la plaie n'est pas profonde, » le rassure l'élève de la Terre avec un léger sourire douloureux. « Avec des soins minimaux, ça sera vite cicatriser dès qu'on sortira d'ici. »

Mais l'élève de l'Air ne s'arrête pas, et sa panique ne semble pas s'apaiser.

« Je t'assure, ça va. Tu devrais voir l'état de l'aut–  »

Mais il ne finit pas sa phrase. Devant lui, Light s'immobilise brusquement.

Un filet de sang coule le long de ses lèvres, jusqu'à son menton.

Tout bruit semble s'être étouffé autour d'eux, comme si le monde entier avait l'attention fixée sur la scène présente.

Un large trou apparaît en plein dans son plexus solaire, le laissant le souffle court et les yeux écarquillés.

Et Christyän de l'imiter, le visage brusquement pâle.

« … Light ? » souffle-t-il.

Le choc sur le visage des deux jeunes hommes est identique.

« N-Non … Light ! »

Le loup-garou se précipite vers son ami alors que celui-ci s'effondre au sol, la plaie se mettant brusquement à saigner, comme si l'épée invisible l'ayant transpercé s'était brusquement retirée, laissant le flot de sang s'échapper du trou béant dans sa poitrine.
Christyän le retient à peine, s'effondrant avec lui, le serrant dans ses bras, les larmes lui montant aux yeux.

« N–... Light ! Light, regarde-moi ! Tiens le coup, respire ! »

L'élève de la Terre se défait prestement de sa veste, l'entourant autour du torse de son ami en un vain espoir d'endiguer le flot de sang se déversant // trop rapidement ! // sur le sol, ignorant sa propre blessure suintante …

« Light ! Li– … Non, non non non non non ! S'il te plait, reste avec moi ! » crie-t-il alors que les larmes roulent sur ses joues.

// Pas lui ! // hurle sa conscience. // Pas encore ! //

Le regard vide et presque souriant de son ami lui serre d'autant plus de cœur qu'une partie de lui sait qu'il est impossible qu'il s'en sorte sans aide.

// De l'aide … De l'aide ! //

Mais bien sûr, comment a-t-il pu ne pas y penser avant ! Fermant les yeux, il se concentre du mieux qu'il peut malgré sa panique, sa terreur, sa peine, et appelle la magie de la Terre au plus profond de lui.
Il a entendu une branche craquer sous ses pieds, tout à l'heure, c'est bien qu'il y a de quoi soutenir son appel, n'est-ce pas ?!

Et soudain, des racines sortent du sol, entourent Light comme des cordes de chanvre et le maintiennent serré, immobile, le trou béant dans son torse presque bouché par le bois dur.
Mais le jeune homme ne le voit pas.

« Mh– … Mhen– … –lo, » murmure-t-il avec difficulté, les poumons obstrués par les flots de sang.

« C'est moi, Light. C'est Chris … » souffle le garou, la voix coincée dans sa gorge serrée de peine.

Light sourit doucement, mais Christyän peut parfaitement voir que ce n'est pas lui que son ami regarde. Il peut parfaitement comprendre que ce n'est pas à lui qu'il s'adresse lorsqu'il reprend, la voix entrecoupée de sifflements et de toux sanglante :

« Ça va aller … Ne t'en fais pas … »

Un sanglot étranglé secoue Christyän.

« Oui … Ça va aller. » ne peut-il s'empêcher de répéter, serrant la main tremblante de son ami.

« Ça va all– … »

Le souffle se coupe, le sifflement s'interrompt, et la main qu'il tenait serrée se relâche d'un coup, comme après une inspiration, comme avec une bonne résolution …

// Une ultime résolution, // pleure silencieusement Christyän.

Les sanglots qu'il retenait difficilement sortent alors, et le loup-garou laisse échapper un véritable gémissement de douleur. Il serre une dernière fois le corps refroidissant déjà contre lui, fermant les yeux bleus éclatants de l'élève de l'Air d'un geste de la main, avant de relâcher doucement sa prise.
Immédiatement, les racines se détachent, laissant la plaie ouverte apparente.

Le garou ferme douloureusement les yeux, puis fait une rapide prière à la Lune pour l'âme de son ami, avant de rappeler à lui la magie de la Terre. De nouveau, les racines sortent du sol, entourent le corps de Light, et lui forment un véritable sarcophage de bois.

Christyän efface les larmes de ses joues d'un geste rageur. Il n'a même pas pu voir l'assaillant de son ami ! Il n'a pas pu le défendre !

Mais soudain, le sarcophage semble briller, et part brusquement en poussière sous les yeux écarquillés du garou.

Et tout redevient noir.

Quoi ?

// Quoi ?! //




Il marche un long moment dans le noir complet, sa blessure le lançant sans cesse, le souvenir sur corps de Light dansant devant ses yeux aveuglés.
Autour de lui, les bruits ont repris, mais il ne parvient pas à voir les scènes auxquelles ils correspondent.

De temps à autres, il se sent trébucher sur une branche, un cailloux ; il entend des feuilles mortes crisser sous ses pas, comme s'il était encore dans l'Académie, comme s'il se trouvait dans le parc ou bien dans les Ruines, mais sans le savoir, sans rien voir autour de lui, sans une lumière, sans un oiseau chantant …

Lorsqu'enfin la lumière se fait de nouveau, c'est pour lui dévoiler un visage connu – encore.

« Lu' ! » s'exclame-t-il de soulagement en voyant son amie Lucillda avancer à grands pas vers lui.

Mais il se fige et fronce les sourcils.
L'elfe a dans ses mains deux courtes lames qu'elle tient bien droites, prêtes à frapper.

« Lu' ! C'est moi, c'est Chris ! » reprend-t-il. « Mais qu'est-ce que tu fais ?! » s'écrit-il alors lorsqu'elle se jette sur lui, les deux lames en avant.

Il parvient par miracle à éviter d'être touché, son instinct de survie effaçant momentanément la douleur de sa blessure. Aussitôt, l'elfe revient à la charge, enchaînant trois passes d'affilée que le garou esquive de justesse.

« Arrête ! »

Il se penche en arrière lorsque la première lame le rase de près, mais ne peut réagir lorsque la seconde le frôle à la joue, ouvrant une coupure nette sur sa pommette et envoyant un éclair de douleur à son cerveau.

« LUCILLDA ! Reprends-toi ! »

À la passe d'armes suivante, Christyän pare la lame de droit, venant frapper de son poing le poignet plus fragile de l'elfe qui lâche sa lame, et arrête la seconde arme en donnant un violent coup de pied dedans latéralement, le faisant tomber au sol.

Désarmée, son amie semble désemparée l'espace d'une seconde, et Chris baisse sa garde dans l'espoir qu'elle reprenne ses esprits.
Mais c'est une seconde de trop.

L'elfe lui saute brusquement dessus, le contournant, entourant sa gorge de ses avant-bras et sa taille de ses jambes fines, avant de le plaquer violemment à terre.
Christyän laisse échapper un gémissement de douleur lorsque son flanc droit heurte le sol, avant de pousser une exclamation étouffée lorsque les avant-bras autour de sa gorge se resserrent brusquement.

// Elle veut m'étrangler ?! //

« Lu– … » articule-t-il difficilement.

Mais il manque bientôt d'air. Il ne peut se laisser faire, il peut peut mourir ainsi !

Rassemblant toutes ses forces, il donne en violent coup de coupe à l'arrière, à l'aveuglette. Et son coude rencontre la pommette de Lucillda, produisant un « CRACK ! » retentissant, qui le lâche avec une exclamation de douleur.

La jeune homme se redresse prestement, toussant abondamment, reprenant difficilement son souffle.
Et l'elfe de récupérer ses lames.

D'un geste, Christyän sort sa dague en fer forgé, esquivant les lames du mieux qu'il peut, veillant à ne pas blesser son amie.

Lucillda l'attaque brusquement par la droite, le frôlant au flanc, réveillant la douleur de sa plaie … Et le déconcentrant.

Il ne faut qu'un quart de seconde à Lucillda pour venir s'empaler sur la dague du garou.

Il faut beaucoup plus de temps à Christyän pour s'en rendre compte lorsque l'elfe s'immobilise.

Sa dague elfique en fer forgé, offerte par son tuteur cinq ans auparavant, est plantée de ses vingt centimètres de long en plein cœur de Lucillda.
La réalisation lui coupe le souffle un instant, avant qu'il ne retrouve ses esprits :

« LU ! NON ! » hurle-t-il en lâchant prise sur l'arme.

Elle s'effondre dans ses bras, les yeux grand ouverts déjà voilés, du sang maculant ses vêtements et les mains de Chris alors que celui-ci tente de stopper l'hémorragie … Mais il sait pour avoir longtemps chassé que le cœur n'est pas remplaçable.
Lu' est déjà partie.

De nouveau, les larmes s'échappent de ses yeux, dégoulinant sur le sol. L'air devient glacé autour de lui, et les bruits divers cessent d'un coup.

Les contours du visage de l'elfe se troublent, ses yeux clairs remplacés par deux orbes rougeâtres, ses lèvres pleines figées en une expression de douleur se changent en un sourire carnassier aux dents aiguisées, et un rire terrifiant venant de l'Outre-tombe sort de sa gorge, avant que son corps ne parte en poussière dans les bras de Chris, choqué.

Et de nouveau, tout retombe dans l'obscurité.

// Quoi ?! //



Mais à peine a-t-il le temps de se redresser, de se rendre compte qu'il a // tué sa meilleure amie ! // que la lumière revient, mouvante, cette fois-ci.

Et cette fois-ci, il reconnaît immédiatement Lunaen, si forte et si brave, courant à s'en arracher les jambes. Il peut voir d'ici son souffle court, il peut sentir son épuisement, deviner les crampes dans ses cuisses, comme si elle courait déjà depuis des heures, dans une course sans fin …
Un course, ou une fuite ?

La tigre-garoue se retourne sans s'arrêter, lançant un regard paniqué derrière son épaule.

Et c'est là que Chris la voit.

Une Ombre, comme il les a lui-même nommées, une créature de la nuit, immense et terrifiante, cornes acérées sur le front, yeux rouge-sanglant éclatant de lumière, brillant dans le noir comme la flamme d'une torche de garde …

Si la jeune fille crie de terreur, il sait qu'il crie bien plus fort.

Ces créatures, ces démons sont la cause de tous ses malheurs, de sa perte, de ce vide qui le hante chaque jour !
Ces Ombres qui les ont attaqués, son frère et lui, en pleine nuit, par surprise, et sans motif …

Il voudrait crier à Lunaen que s'enfuir, de ne pas se retourner …
Oh, comme elle a raison d'avoir peur ! Comme cette expression de pure terreur que Chris ne lui a jamais vu s'allie bien avec la présence de ce monstre !

Mais soudain, la garoue trébuche, ses jambes épuisées ne pouvant plus la porter, et elle se laisse tomber au sol, face contre terre.

« LUNA ! » hurle Christyän, mais sa voix semble bloquée dans sa gorge, comme si l'on l'étranglait, comme si l'on le forçait à garder le silence, à ne pas prévenir son amie …

S'il ne peut pas crier, alors il accourra.

Immédiatement, il se met à courir vers son amie, forçant sur ses jambes, ignorant son flanc droit le lançant indéfiniment, voulant à tous prix se mettre entre Lunaen et l'Ombre menaçante.
Avançant toujours du même pas égal et mesuré, cette dernière a les yeux rouges fixés sur le corps exténué de l'autre élève de la Terre.

Et Christyän continue de courir, ne semblant jamais aller assez vite, comme s'il progressait sur place, comme si la distance le séparant de son amie en danger ne cessait de s'allonger à mesure qu'il met un pied devant l'autre.

« LUNA ! LÈVE-TOI ! » hurle-t-il de nouveau, mais encore une fois, rien ne sort de sa gorge.

Il voit la jeune fille au sol changer, comme dans l'espoir que l'Ombre ne s'attaquera pas à un Tigre, ou bien que le Tigre sera plus résistant, plus fort …

Mais il ne l'est pas plus que deux Loups l'ont été, trois ans auparavant.

L'ombre est face à la tigre-garoue, et lève tranquillement une de ses énormes mains griffues au dessus d'elle, alors qu'un cri déchirant échappe enfin à Chris.

Le tigre tourne violemment la tête vers lui, surpris, et alors Lunaen réapparait, choquée, terrifiée.

C'est le dernier regard qu'il croise avec la jeune fille ; la main griffue s'abat, cruelle et définitive. Le loup-garou ne cesse de courir, sans jamais les rattraper, mais même de là où il se trouve, il peut entendre le cri étranglé de Lunaen lorsqu'elle comprend qu'elle va mourir.

Lorsqu'elle comprend qu'il n'y a plus aucune chance.

Ses muscles se relâchent, et son corps s'effondre totalement, la tête heurtant le sol dans un bruit mat.
L'Ombre part en poussière, et le mur invisible séparant Chris de Luna s'estompe.

Et sans hésiter, il se précipite, une nouvelle grimace de douleur le prenant. Le corps de la jeune fille est déchiré, la plaie béante sur le ventre de son amie saignant abondamment, laissant échapper bien plus que le fluide vital.

Et Christyän – pourtant animal sauvage depuis ses premiers mois, pourtant grand chasseur, pourtant rodé à la cruauté de la vie et au cycle interminable des échanges entre les chasseurs et les chassés, pourtant loup – a soudain un haut-le-cœur. S'écartant à peine de deux mètres, il rend sur le sol le dernier repas qu'il se souvient avoir avalé, le dégout se mêlant au choc, à la douleur, à la peine …
Il ferme les yeux, essuie le coin de sa bouche du dos de sa main, puis revient vers le corps de son amie.

« Luna … »

Sans même pouvoir lui dire au revoir … Un gémissement étouffé lui échappe, incontrôlable, incontrôlé.

// Luna … Luna … // son esprit fait-il, indéfiniment, comme une dernière prière.



Recroquevillé près du corps sans vie de la tigre-garoue, les mains de chaque côté du visage blême et figé d'horreur de la jeune fille, Christyän s'abandonne. Les larmes gouttent jusque sur les joues de son amie, emportant les éclaboussures de sang, laissant de longues trainées rougeâtre jusque dans son cou blanc comme neige.
Les sanglots secouent son corps épuisé.

Il est las de ces morts. Il est las de se battre, de tenir encore alors que tous ont abandonné et se sont laissés mourir, enfin.
Il veut rester aux côtés de son amie, il veut pleurer pour sa mémoire, il veut s'endeuiller ainsi, ici, son pantalon de lin s'imbibant lentement du sang noirâtre, tout son être s'allongeant près du corps refroidissant déjà …

Mais alors qu'il se penche pour rejoindre la jeune fille dans le linceul inexistant, une voix ô si connue et si chère murmure son nom, au loin, derrière lui …
Et il oublie tout.

Il oublie son amie éventrée au sol ; il oublie l'elfe dont le corps a déjà disparu dans l'obscurité des ruines, il oublie l'élève de l'Air embroché par une épée invisible … Au son de cette voix, il oublie le reste du monde, comme si son propre Univers venait de renaître.

« Christyän, » répète la voix.

Le garou se relève brusquement et se retourne, sa respiration se bloquant dans sa poitrine, sa gorge se nouant, les larmes dévalant la pente de ses joues redoublant d'intensité.

« Non … » ose-t-il murmurer. « Tu ne peux pas … » Il déglutit, ignorant les perles salées lui coulant dans le cou, et se concentre sur la silhouette avançant vers lui. « T-Tu es mort … Ils t'ont enlevé … »

Mais la silhouette ignore ses mots, ignore son mouvement de recul et s'arrête à un demi-pas de lui. Un sourire d'adoration, de soulagement, de bonheur se peint sur ce visage si identique au sien, et Christyän sait qu'il connait ce garçon.

« Raän … » murmure-t-il dans un soupire, l'incrédulité se mêlant au choc.

Et l'autre sourit.
Et Chris se souvient de ce sourire si beau, si franc …

« Tu m'as tellement manqué, Chris ! » s'exclame Raän, les bras tendus vers lui comme s'il allait l'enlacer.

Il se souvient du temps où ils courraient côte à côte dans les bois clairs d'Astraël …

« J'ai cru qu'ils t'avaient achevé ! J'ai cru que tu avais disparu avec eux ! » soupire-t-il, sans pour autant l'approcher plus, comme s'il craignait de le toucher.

… Il se souvient du temps où ils s'endormaient au creux des branches immenses, blottis l'un contre l'autre pour se préserver du froid de l'hiver …

« Mais tu es là, tu es vivant ! Plus rien ne pourra nous séparer, maintenant. On peut reprendre notre territoire ; tu seras mon Alpha, je serais ton Beta, nous reformerons notre meute, à nous deux, comme avant … Pour toujours ! »

… Il se souvient des longues courses auxquelles ils se livraient, traversant leur territoire en une seule nuit, inspectant leurs frontières …

« Oh, comme j'ai eu peur ! » répète-t-il, et il pose enfin une main chaude et aimante sur son avant-bras – sur la seule partie non couverte de sang.

Et soudain, c'est le déclic.

// Peur. //

Il se souvient aussi de l'attaque, de l'expression de pure terreur sur le visage de son jumeau lorsque les Ombres l'ont emmené, alors qu'il hurlait son prénom, encore et encore …

« LÂCHE-MOI ! » hurle-t-il en se dégageant violemment du contact de son frère …

// Non ! Ce n'est pas mon frère ! // se force-t-il à penser.

« Tu n'es pas Raän ! » crie-t-il, comme si hausser le ton allait rendre cette vérité plus poignante, plus réelle. « Raän ne peut pas être ici ! »

« Chris, je t'en prie … » souffle son double d'un ton suppliant, comme si ces mots le poignardaient en plein cœur. « C'est moi … »

Il tente de l'approcher de nouveau, mais Christyän fait un saut en arrière, canines sorties, un grondement sourd remontant du fond de sa gorge.

« Ne me touche pas ! Tu n'es qu'une illusion ! Tu n'es pas RÉEL ! »

L'autre se fige alors. Chris l'imite, aussi tendu qu'effrayé.

Puis, lentement, l'expression blessée se change en sourire … presque cruel.

« Tu as raison, grand-frère. Je ne suis pas réel, » fait Raän, son sourire s'élargissant, ses yeux se plissant de dédain supérieur. « Parce que je suis mort. »

Et ces mots, prononcés par cette personne, sont comme un coup de tonnerre.

La douleur explose en Christyän alors que son cœur se contracte violemment, lui envoyant des crampes à l'estomac, à la poitrine, à la gorge …

« Et tu sais pourquoi ? Parce que tu m'as tué ! » dit-il d'un ton tranchant, achevant la résistance du loup-garou.

« N-Non … C'est faux … » chuchote Christyän, les larmes refaisant surface, les traits se décomposant sur son visage.

L'expression de son frère se durcit, et il se met alors à crier, accusateur :

« Tu m'as abandonné ! »

« Non ! » réplique l'élève de la Terre, les mains sur ses oreilles en une veine barrière contre ces mots cruels.

« Tu m'as laissé aux griffes de ces Démons ! Comme un lâche, tu t'es enfui, malgré tout ce que j'étais pour toi ! J'étais ta seule famille, ta meute, et tu as préféré me tourner le dos et aller t'enfermer dans cette Académie avec des humains plutôt que de venir me chercher ! TU M'AS LAISSÉ SEUL ! » hurle l'illusion, le visage habituellement si doux et innocent de Raän ravagé par la colère, par une douleur de trahison désillusoire.

« Non … Raän, c'est faux, tu le sais ! Je t'ai cherché, je n'ai fais que ça ces trois dernières années ! »

La voix de Chris semble faiblir, comme si les mots tranchants pénétraient peu à peu ses protection, comme si chaque phrase ajoutait son poids sur les épaules fragilisées du jeune homme.

« J'ai attendu durant des Lunes que tu viennes pour moi … » continue la voix cassante, ignorant ses suppliques.

« Tais-toi ! Tais-toi ! »

Les genoux du loup-garou faiblissent d'avantage, et il laisse le fardeau des paroles s'abattre sur lui comme une sentence méritée. Fermer les yeux ne fait que ralentir légèrement les larmes s'échappant de ses yeux comme de l'eau trouvant son chemin hors d'un tonneau percé.

« Et vois où tu te trouves à présent. Perdu, aussi seul que je l'ai été. » crache finalement Raän, l'achevant. « Tous tes amis sont partis, t'ont laissé tomber à ton tour … À moins que tu ne te soies débarrassé d'eux aussi ? »

Alourdi, il fait un pas en arrière pour éviter de s'effondrer, puis se fige en entendant un craquement sourd.
Paniqué, il ouvre brusquement les yeux, avant de laisser un hurlement d'horreur s'échapper de ses lèvres.

Sous ses pieds s'élève une montagne de cadavres, certains squelettes, certains à moitié défaits, d'autres encore chauds de cette vie qui les fuie. Ses chaussures de cuir s'imbibent davantage de sang rouge, les teintant de manière irréversible, laissant Chris sentir le liquide poisseux sous ses pieds, remontant le long de ses chevilles.

« Tu es seul … » La voix de Raän semble résonner tout autour de lui.

Il ne voit que ces chairs mortes sous lui, et un nouveau cri de désespoir lui échappe lorsqu'il reconnaît les visages de ses camarades. Là, le cadavre bleuit d'Enora est à moitié caché par ceux de Lenyä, de Nòlia et de Miraïa. Sans même les approcher, il sait que les corps sont glacés, perdus, oubliés …
Un sanglot incontrôlable le prend quand son regard d'émeraude se pose sur les corps sans vie de Light (// NON, je lui ai offert une sépulture moi-même ! //), de Lucillda (// Que tu as tué ! //) et de Lunaen (// Que tu n'as pas sauvé ! //). Ses amis, ses si précieux amis sont allongés là, éteints, // par ta FAUTE ! // lui hurle une voix dans sa tête.

Il recule sous la douleur, avant de se figer lorsqu'un nouveau craquement retentit. Son pied baignant dans le sang des innombrables corps est posé sur un bras fin, presque frêle, et les larmes redoublent avec les sanglots hystériques lorsque son regard suit les veines noircies vers le visage blême et ensanglanté de Myrrh, dont les yeux d'améthyste sont désormais écarquillés d'horreur et voilés du gris des trépassés …

« Non, NON ! C'est faux ! Ce n'est pas MOI ! » hurle alors Christyän, sa raison tentant difficilement de reprendre le pas sur les émotions destructrices l'envahissant. « J'ai essayé de les sauver ! J'ai essayé de te retrouver, et tu le SAIS ! »

Un cri de rage s'échappe des lèvres de son frère, avant qu'il ne disparaisse brusquement devant lui. Les cadavres semblent se dissoudre à leur tour, et toute lumière s'évanouit, le laissant seul dans le noir absolu …

Pourtant, il peut toujours sentir ses pieds et ses jambes poisseuses du sang de ses amis, il peut toujours sentir la longue blessure sur son flanc droit, encore ouverte, encore sanglante, encore sensible au moindre de ses gestes …



Recroquevillé sur lui-même, le loup-garou est à bout de forces. La noirceur environnante est aussi dense que de la suie, et semble aspirer peu à peu son énergie vitale, à mesure que le sang de sa blessure tâche un peu plus le lin de sa tunique.

Un sanglot lui échappe et semble alors se perdre dans l'immensité opaque, comme si ce n'était pas l'endroit qui se noyait dans la pénombre, mais ses propres yeux qui devenaient incapables de capter la moindre lumière.
Il est las.
Il est blessé, épuisé, tant moralement que physiquement …

Pourquoi est-il coincé là ? Lesquelles de ces visions sont réelles, lesquelles ne sont que des illusions ? Comment distinguer la vérité, comment savoir si son esprit fonctione encore, s'il est toujours sain ?
Il 'a rien à quoi se raccrocher, ici …

// Tu oublies qui tu es ! // souffle une voix au fond de lui, étouffée, comme s'il l'avait rêvée, comme si elle se mourrait peu à peu … Mais c'est une voix qu'il connaît bien.

C'est une voix qu'il avait pensé disparue, une voix qu'il avait fini par haïr. Une voix qui l'avait accompagné pendant quelques années après la disparition de son frère, à tel point qu'il avait cru être devenu fou.
Alors c'est ça ? Est-il en train de devenir fou ?

Il a eu beau essayer, la magie de la Terre ne lui répond plus. A-t-elle disparue à son tour, ou bien le considère-elle comme indigne de la manier ?

Et Saùl ? Son Gardien, son ami, son confident … Il a eu beau l'appeler de toutes ses forces, jamais il n'a répondu à sa demande. Il peut pourtant sentit la bague autour de son doigt, chaude du sang qui y coule doucement.
Saùl aussi l'a-t-il abandonné ? A-t-il été défait par cette noirceur, par le mal dans lequel est plongé cet endroit ? Est-il encore seulement vivant ?

Ici, la Lune ne semble pouvoir l'atteindre. Il ne voit ni sa lueur, ni sa puissance, ni même la moindre marque de magie, fut-elle élémentaire ou lunaire …
Tout ce qu'il voit ici, c'est la noirceur éternelle.

Dans un dernier élan d'espoir, il ferme ses yeux devenus inutiles, et retrace en lui le chemin vers son autre forme, comme il l'a fait de si nombreuses fois, parfois par instinct, parfois par pleine conscience.
Mais rien ne se passe.

Un étau enserre sa gorge, et il doit déglutir et calmer sa respiration affolée afin de retenir des larmes traîtresses.

Son autre forme ne lui répond plus. Le loup, l'Alpha en lui est comme absent, comme inexistant.

// MAIS IL FAIT PARTIE DE MOI !! // hurle son esprit paniqué.

S'il n'a plus le loup, il est incomplet ! Comment espère-t-il survivre encore en étant incomplet, en ayant perdu une partie de lui-même ?!
C'est le loup, le survivant, pas l'humain !

C'était le loup qui avait regardé son propre père l'abandonner dans la forêt, espérant qu'il soit dévoré par une bête, alors qu'il n'avait que quelques mois ! C'était le loup qui avait compris qu'ils ne pourraient compter que sur eux-mêmes, qui avait parcouru les bois à la recherche de nourriture pour son frère ! Et c'était encore le loup qui, durant toutes ces années, les avait maintenu en vie, perfectionnant sa chasse, apprenant à se battre, à survivre !

Sans le loup, il n'est rien dans un tel lieu. Sans le loup, il n'est qu'une enveloppe humaine fragile et apeurée …

// Pas de magie, pas de forme animale, pas de Gardien, une blessure profonde et probablement mortelle d'ici quelques heures … Une dague plongée dans le sang de mes amis pour seule arme … // Il laisse échapper un rire dépité alors que sa paume appui contre sa blessure ouverte au travers de sa tunique. // Qui voudrais-je tromper ? Je n'ai aucune chance … //



Mais la noirceur et le silence ne durent pas longtemps.

Un grondement retentit soudain tout autour de lui, et le sol contre lequel il est recroquevillé semble se mettre à trembler.
Un cri rauque lui parvient, et il relève brusquement la tête.

Il connaît ce son.

Il ne le connaît que trop bien.

L'instant d'après, il est debout, en appui sur ses jambes tremblantes de douleur et d'épuisement, sa dague dans une main, sa plaie pressée par la seconde.
Il ne se laissera pas mourir. Pas face à eux.

// JAMAIS face à EUX ! //

Ils ont saccagé la forêt. Ils l'ont blessé gravement. Ils ont enlevé son frère ! Ils ont peuplé ses cauchemars durant des années ! Ils ont tué Lunaen !

Il ne les laissera pas faire ! Il ne restera pas immobile, comme il a pu le faire dans le passé ! Cette fois-ci, il leur fera face !

Deux billes rougeoyantes apparaissent non loin de lui, et semblent prendre feu.

C'est bien ce qu'il pensait. Une « Ombre » !

« ALLEZ VIENS ! » hurle-t-il dans le noir, la haine et la peur au ventre, alors que les tremblements du sol se répercutent dans ses membres.

Et la créature s'avance, alors qu'un éclat de rire sinistre se répand tout autour de lui.
Il ne voit toujours rien, seulement ces yeux démoniaques, comme sortis de l'Abysse elle-même …

Et soudain, une énorme main entre en collision avec son épaule et le projette au sol alors qu'il sent des griffes acérées entamer sa chaire. Un cri de douleur lui échappe, mais il se relève et, dague sortie, se jette sur son ennemi.
Il est déjà blessé, il est déjà certain de ne pas sortir vivant de là – où que « là » soit … Alors il n'a plus rien à perdre.

Il sent sa dague s'enfoncer dans une matière épaisse, mais la créature rit de nouveau, de ce rire puissant et sombre qui n'inspire aucune joie et que du désespoir.
Lorsque la lame ressort, Chris ne sent pas la moindre goutte de sang couler le long du pommeau …
Ces créatures ne saignent-elles pas … ?

L'« Ombre » l'attrape soudain par le cou, lui coupant brusquement le souffle. Le rire terrifiant résonant toujours autour d'eux, la créature le soulève du sol, faisant reposer tout son poids sur sa nuque seule.
Le loup-garou n'a même plus la force de crier de douleur.

Il sent les griffes s'enfoncer dans la chaire de son cou. Il sent la main immense se resserrer sur sa nuque, prêt à la lui briser d'une seule pression …

Quelque chose en lui lui souffle que « ça y est ». Le héros meure, tué par son ennemi de toujours. On tourne la page, et le mot « Fin » est écrit en gros. Applaudissements. Rideau.

Et lorsqu'au loin, une lumière s'allume soudain, il n'a plus la force d'espérer. Les os de sa nuque craquent bruyamment dans un éclair de douleur. Il sait qu'une pression de plus lui sera fatale … Et il ferme les yeux, tout simplement …


Dernière édition par Christyän Maät le Mar 8 Juil - 9:27, édité 12 fois
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MessageSujet: Re: House of Wolves   Mer 17 Juil - 2:45



Les griffes acérées semblèrent soudain disparaître, et il sentit le poids de son corps l'entraîner vers le sol. Il émit une plainte étouffée sous le coup, sa plaie au flanc rencontrant la terre ferme et quelques graviers s'enfonçant dans la chaire au travers de sa tunique teintée de rouge.

Il passa quelques instants ainsi, allongé sur un sol qu'il savait être réel … Des graviers, quelques touffes d'herbe bien vertes et une terre riche … Il connaissait définitivement ce sol-là.

Les ténèbres autour de lui avaient disparues, et une douce lumière entourait l'endroit.

Avec un grognement de douleur, il tenta de se redresser sur ses genoux. Sa dague tomba au sol, et il porta sa main libre à son cou, certain d'y trouver des plaies sanguinolentes … Mais il n'y avait aucune blessure
À l'exception de la large entaille que ce bandit lui avait fait au flanc avant qu'il ne soit aspiré dans la noirceur, Chris n'avait aucune marque physique des blessures qu'il avait subi durant les quelques dernières minutes.

Une voix sourde lui parvint, et il releva les yeux. Devant lui se tenait un vieil homme à la barbe blanche, qui respirait le pouvoir et la magie …

// La magie ! //

Soudain, la compréhension de son nouvel environnement le frappa. Il pouvait sentir la magie ! Il pouvait voir le ciel ! Il pouvait voir le sol, l'herbe, les bâtim- …

// Où sont les bâtiments ?! // se demanda-t-il alors en tournant la tête.

Mais avant d'avoir pu comprendre la moindre chose, il vit avec stupeur ses camarades, certains debout, certains effondrés au sol tout comme lui, d'autres allongés inertes … Mais que s'était-il passé ?!

Les « Ombres » semblaient avoir disparu ; les cadavres de Lunaen et de Lucillda n'étaient nulle part en vue … Son regard se posa brièvement sur la forme affaiblie de Myrrh, et l'étau dans sa gorge se serra de nouveau, de soulagement cette fois-ci.
Elle était vivante !

Il connaissait cet endroit : c'était l'île de l'Académie. Mais là où aurait dû se trouver l'école, un ensemble de ruines trônait, grises et usées, comme si le temps les avait recouvertes de mousses et de lierre …

C'est alors que le vieil homme prit la parole.

Ils s'étaient trouvés dans un endroit appelé l'Abysse, disait-il, un endroit où la magie de la Lune est inefficace. Durant les quelques minutes où ils y avaient souffert, cent ans avaient passés dans le monde « réel ». Ils devraient commencer une nouvelle vie.

// Quoi ?! Non ! //

Mais alors sa vie, sa forêt, son territoire … Tout avait changé ! Tout avait disparu !

// Raän ! //

Un poing sembla soudain enserrer son cœur, comme si sa plaie s'étendait d'elle-même.

Si son frère avait eu la moindre chance de survie face aux « Ombres », s'il avait pu s'enfuir, s'il était toujours en vie lorsque Chris avait intégré l'Académie … Alors il n'avait aujourd'hui aucune chance de le revoir.

Quelqu'un le prit soudain par les épaules, le forçant doucement à se relever, et son premier instinct fut de se débattre. Il fut bientôt immobilisé, et la personne le tenant derrière lui souleva sa tunique imbibée de sang, observant sa plaie probablement infectée, avant de prononcer des mots que Chris, sous le choc, ne comprit pas.
Bientôt, on le traîna vers quelques tentes blanches montées un peu plus loin, et il réussit à peine à comprendre qu'il s'agissait de l'infirmerie.

Mais non ! Il ne voulait pas être soigné ! Il n'avait plus rien à faire ici ! Il n'avait plus de raison de vivre, plus de but à atteindre !

Se débattant, il tenta de retourner vers la zone des survivants où ses camarades se remettaient encore du choc.
Et c'est là qu'il le vit.

Un peu plus loin, le visage ravagé de larmes de Mhenlo était penché sur le corps inerte de Light, transpercé, sanguinolent et grisâtre, exactement comme dans sa vision.

Il cessa toute résistance, la stupeur et la peine le submergeant.

Certaines choses étaient réellement arrivées …



Dernière édition par Christyän Maät le Ven 20 Fév - 4:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Crédits   Ven 20 Fév - 3:45
















  • House of WolvesMy Chemical Romance

  • Origin of SymmetryMuse

  • Of Wolf and ManMetallica

  • The World is BlackGood Charlotte

  • Half the Man I Used to BeNirvana

  • Great Day For FreedomPink Floyd

  • One Last RunNickelBack

  • Under the Cover of the NightThe Rolling Stones

  • Welcome to HellSum41

  • Can't Live Without YouScorpions

  • Fly Away From HereAerosmith

  • The Last Remaining LightAudioslave

  • Road to RecoverySimple Plan

  • And All Things Will EndAvenged Sevenfold

  • Journey on the Waves of TimeAyreon

  • Hollow YearsDream Theater

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House of Wolves

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